Le Joker est l’ennemi éternel de Batman. Il sera toujours là pour donner au chevalier noir un obstacle à contourner, des défis à relever, un ennemi à vaincre. « éternel », réellement ? L’ennemi qui a toujours été présent sera-t-il là à jamais ?

La naissance du Joker, que ce soit dans les pages des bandes dessinées ou dans les coulisses des éditeurs, est entourée de légende, et donc de mystère. Le personnage apparaît dans Batman #1, daté du printemps, en kiosques le 25 avril 1940. Le Clown du Crime fait l’objet de deux histoires dans le sommaire de ce numéro, mais il n’était pas prévu, au départ, qu’il pût revenir.

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Les légendes de la création

Selon la légende, trois auteurs ont participé à la création du personnage. Bob KANE, bien entendu, qui supervise l’ensemble des projets liés à Batman, mais également Bill FINGER et Jerry ROBINSON. Ce dernier désirait offrir au Chevalier Noir un ennemi de premier ordre. Et c’est un objet apparemment anodin, une carte à jouer, qui aura donné à ROBINSON, puis à KANE, l’idée d’un personnage au rictus sardonique. Les témoignages restent flous, et l’anecdote s’ajoute à la liste des légendes parsemant l’histoire des comic books.
Quoi qu’il en soit, le personnage reviendra après ses deux premières apparitions. Estimant que les ennemis récurrents pourraient diminuer l’impact de la croisade de Batman, Bill FINGER milita pour que le Joker restât mort à la fin des prestations. Mais à l’instigation de Whitney ELLSWORTH, le responsable éditorial, quelques cases dessinées à la hâte sont venues compléter l’histoire, montrant que le criminel avait survécu. Très rapidement, le Joker s’impose comme l’adversaire principal de Batman, occupant de nombreuses couvertures, qu’il orne de son ricanement cruel. Malgré son aspect clownesque et coloré, il s’avère un adversaire redoutable et sadique, dont les plans retors et complexes mettent à l’épreuve les compétences d’enquêteur du Chevalier Noir.

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Des origines entourées de mystères

Mais bientôt, il faudra donner au Joker un passé, ou, en tout cas, une origine. L’occasion se présente dans les pages de Detective Comics #168, daté de février 1951 (à lire dans l’Anthologie Joker). Sur un scénario de Bill FINGER, Lew Sayre SCHWARTZ et George ROUSSOS se chargent de raconter comment un simple laborantin, revêtant la panoplie du Red Hood, est devenu le Joker quand des produits chimiques ont altéré la couleur de sa peau et de ses cheveux. Le mystère demeure cependant sur son identité réelle. Son véritable nom n’est pas dévoilé, et ses motivations restent floues. Pendant des décennies, les différents auteurs préfèrent montrer le Joker en force de la nature, en tourbillon dangereux, entraînant alliés et ennemis dans son sillage de violence.
Alan MOORE, à l’occasion de l’écriture de Killing Joke, paru en 1988, se rappelle cette première version des origines du Joker. Dans un récit où le Clown du Crime cherche à démontrer à Batman et Gordon qu’une seule journée tragique suffit à rendre fou n’importe qui, le scénariste évoque la vie d’un acteur au chômage, acoquiné avec une bande de voleurs afin de nourrir sa jeune famille. Revêtant le casque de Red Hood, il commet un larcin qui changera définitivement sa vie. Mais est-ce la bonne version des origines ? Comme l’Histrion de la Haine le dit lui-même, « Tant qu’à avoir un passé, autant qu’il en existe en plusieurs subsiste. Cette version dévoile-t-elle la vérité, ou correspond-elle à la vision tordue et fantasmée du Joker lui-même, perdu dans ses propres inventions ?

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Jamais l’un sans l’autre

Un an après la sortie de Killing Joke, la Batmania emporte les médias et le monde entier. Le film que réalise Tim BURTON présente un Joker ricanant aux gadgets exotiques, incarné par un Jack NICHOLSON dont les exubérances
conviennent parfaitement aux facéties du personnage. En filigrane, le film pose une question nouvelle : les héros et les vilains apparaissent-ils spontanément, ou bien l’arrivée de l’un entraîne-t-elle le surgissement de l’autre ? Frank MILLER  avait déjà posé la question. Le retour de Batman, dans le futur de Dark Knight Returns, entraîne le réveil du Joker et de Double-Face. De même, dans Batman : Année Un, le récit se conclut sur l’arrivée du premier ennemi, qui laisse une carte à jouer en guise de carte de visite. Justiciers et criminels, dans cette perspective, semble indissociables, les premiers justifiant les seconds. Et inversement. C’est également l’idée qui sous-tend L’Homme qui rit, récit d’Ed BRUBAKER, où le Joker entame sa propre croisade dans le sillage de son ennemi.

Mais si les opposants sont comme des siamois nés en même temps, peuvent-ils vivre l’un sans l’autre ? Ils semblent condamnés à une perpétuelle danse sans fin, aucun d’eux ne trouvant la force de mettre un terme à cette valse perverse. C’est le sujet de la saga « Le Deuil de la Famille » , dans laquelle le Joker tente de démontrer à Batman qu’il lui est nécessaire pour maintenir sa croisade. Scott SNYDER, le scénariste, relie ce nouvel assaut à l’affaire du Gang de Red Hood (et donc aux origines mêmes du justicier). Si Batman est là pour arrêter le Joker, ce dernier existe pour justifier l’action du héros. Seule la mort pourrait mettre un terme à cet interminable conflit. Et pourtant, elle semble se dérober, puisque le Joker est aujourd’hui de retour, ayant échappé à son destin fatal et retrouvé son visage. Mais l’assaut du Clown du Crime s’avère sans pitié, le Joker ne retenant pas ses coups.

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Découvrir le Joker

Il est le pire ennemi du plus grand détective du monde, le plus célèbre de tous les malfaisants, le Clown prince du Crime… le Joker ! Dans cette anthologie inédite, retrouvez les plus grands méfaits de ce scélérat au sourire démoniaque qui hante les nuits de Gotham City depuis près de 75 ans ! Une sélection d’épisodes servie par les plus grands noms du comic book.

 

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