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Quelques exemples de ce qu’un vampire ne devrait jamais être : un détective pâlichon qui boit du Bloody Mary et ne travaille que la nuit ; un giton mélancolique de la Nouvelleorléans ; une adolescente anorexique ; un éphèbe diaphane aux yeux de biche.

Alors, que devrait-il être ?

Un tueur, ma poule. Un tueur à sang froid assoiffé de sang chaud. Un méchant ou une méchante. Un chasseur. En d’autres termes, un américain noctambule. Bleu, Blanc, Rouge, et surtout Rouge. Mais nos vampires se sont englués dans le flou romantique. c’est pour ça que lorsque Scott Snyder, dont j’avais adoré le recueil de nouvelles, Voodoo Heart, m’a appris par e-mail qu’il était sur le point d’écrire une BD vampirique pour Vertigo, j’étais surexcité. Son concept était complètement original et son enthousiasme communicatif.

Ce concept ambitieux, c’était l’histoire de Skinner Sweet et de ses victimes, qui devait se confondre avec l’avènement de l’ère industrielle américaine, vue à travers les yeux d’un nouveau type d’immortel, un vampire qui ne craint pas le jour. J’y ai décelé un potentiel indéniable, et un pitch qui faisait mouche. Il y a là-dedans un parallèle évident avec l’énergie iconoclaste de l’amérique et le côté obscur qui va avec, cette soif amorale d’argent et de pouvoir.

Scott m’a demandé un slogan promotionnel. Je lui ai demandé si je ne pouvais pas plutôt lui écrire un épisode. En fait, je voulais laisser ma marque sur son histoire, comme un voleur de bétail sur le cul d’une bête de concours.

Finalement, je n’ai pas écrit qu’un épisode, mais l’intégralité des origines de Skinner Sweet. Je vous laisse imaginer ma joie. Si ça vous a plu, ne me remerciez pas : Scott m’avait fourni une intrigue détaillée pour base, et je n’ai fait qu’y ajouter quelques décorations de ci, de là. Pourquoi changer ce qui est déjà parfait ?

 

 

Si ça ne vous a pas plu, vous pouvez vous en prendre à mon inexpérience en tant que scénariste de BD. J’ai toujours été amateur (j’ai commencé en lisant Plastic Man et Combat Casey), mais durant les 15 dernières années, la BD a profondément évolué. Je dois remercier Mark Doyle, notre responsable éditorial. c’est lui qui a eu l’idée de m’envoyer les scénarios des géniaux Northlanders et Scalped pour me montrer comment procéder. J’en ai tiré un grand enseignement (ainsi que des scripts de Locke & Key, la série de mon fils, Joe hill), et j’ai suivi avec humilité les conseils qui m’étaient adressés (ainsi, j’ignorais jusque là que les bulles de pensée sont aujourd’hui ringardes).

Mark et Scott ont également corrigé (avec un tact irréprochable) ma mise en page quand elle ne fonctionnait pas. Et cette mise en page, c’est l’époustouflant Rafael Albuquerque qui lui a donné vie, par une série d’images aussi sublimes qu’effrayantes. Je ne pourrais jamais assez le remercier. comme je suis à peine capable de dessiner une croix, vous pouvez vous imaginer l’extase que j’ai connue en voyant ses dessins se développer sous mes yeux, du
stade de croquis à celui de page encrée et colorisées. Il y avait longtemps que mon métier d’auteur ne m’avait fourni pareille satisfaction. Je sais nouer une intrigue, je sais écrire des dialogues, mais le coup de crayon de Rafa est un véritable envoûtement, un apport incalculable à notre projet.

Mais j’en reviens à ce que je disais au début. le but de ce projet, c’est avant tout de rendre à ces chers suceurs de sang le mordant qu’ils ont perdu avec la mode des « vampires pour midinettes ». Il est temps qu’ils fassent peur à nouveau. J’ai la chance d’avoir contribué à cela. Skinner Sweet ne se satisfait pas de raconter sa vie aux nénettes. Il les mord. Et c’est ça qui est bon.

Stephen King
Mai 2010

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