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Phil LaMarr est un auteur, scénariste. Il vous parle aujourd’hui de la série génialissime : Fables !

J’adore FABLES.
Si on me demande ce que je suis en train de lire en ce moment, c’est le titre qui me vient tout de suite à l’esprit. J’adore cette série.

D’accord, je sais que le mot “adorer” ne signifie pas grand-chose dans la bouche d’un fan de comics. Les fans de comics sont faciles à séduire. Très faciles. On se laisse aisément tenter. On est des junkies. Non, je retire ça, car en fait, on est pires. Aucun junkie ne se pointerait chez son dealer tous les mercredis midi juste pour un nouvel arrivage de came.
Tout cela pour dire que chez un fan de comics, l’adoration est un sentiment qui n’est pas difficile à entretenir. On découvre une série à douze ans, on s’enroule une couverture autour du cou en guise de cape, et l’histoire d’amour dure toute la vie. Par habitude. Par nostalgie. Par confort. Comme ces couples d’âge mûr qui dorment dans les lits jumeaux de Lucy et Ricky*, chacun se contentant de savoir que l’autre sera encore là le mois prochain (malgré les crises et les nouveaux départs). Que faire, alors ? Refuser cette entrave le jour de la sortie d’un nouvel épisode ? Impossible. On l’a réservé.

On n’a pas le choix.

Mais quel plaisir quand la série que vous aimez vous rappelle pourquoi vous l’aimez ! Quand les nouveaux épisodes, au lieu de n’être que de pâles reflets de ceux qui vous ont enthousiasmés, sont tellement fantastiques que vous avez hâte de lire la suite !
Quel bonheur quand l’adoration que vous portez à une série se mue
carrément en amour !

Pour les inconditionnels de FABLES, La Guerre des nerfs et L’Âge des ténèbres sont l’incarnation de l’Amour Vrai. Si la série vous a séduit dès le premier épisode, 70 numéros plus tard, vous l’avez dans la peau. C’est comme si vous sortiez avec quelqu’un d’intelligent et de sexy, et que par la suite, cette personne vous arrachait à un terrible accident de voiture. Jusque-là, vous en étiez épris — après, vous l’aimez à la folie !

(Attention : il va y avoir des spoilers. Donc, si vous avez attendu l’Intégrale pour découvrir FABLES, bienvenue à vous — mais revenez à cette introduction après avoir lu les 4 premières intégrales.)

La Guerre des nerfs est l’histoire d’une guerre, du début à la fin. (Au passage, qui a déjà relaté une guerre ? George LUCAS a essayé, mais FABLES a réussi. C’est comme L’Iliade, avec des animaux qui parlent. Minute… Y avait-il des animaux doués de parole dans L’Iliade ? Une épopée couvrant tant d’années, avec une telle pléthore de dieux… il doit bien y avoir des exemples d’anthropomorphisme.
Cherchez sur Wikipedia et tenez-moi au courant.) Glorieux, méthodique et réaliste, malgré les sortilèges, les gobelins et les portails transdimensionnels — et à la fois très James Bond, History Channel et Le Pont de la rivière Kwaï — c’est le point culminant de tous les épisodes précédents. Dans un récit couvrant six années (ou plusieurs siècles, selon votre point de vue), la guerre contre l’Adversaire pour récupérer les Royaumes est enfin mise en scène. Le résultat est à la hauteur de nos espérances, voire les dépasse. Sérieusement, même si vous êtes déjà attiré par la série, après cette saga, vous allez devoir passer à la vitesse supérieure.

L’une des plus grandes forces du récit est d’intégrer les éléments de FABLES que nous connaissons bien (les Fables anthropomorphes, le 13e étage, Cendrillon), et d’autres qui nous sont moins familiers (La Belle au bois dormant, les Fables d’Arabie). Des Sylves à la Ferme, tous les personnages s’impliquent et s’investissent dans des préparatifs de guerre rigoureux. Les stratégies anciennes et modernes se combinent, La Gloire de Bagdad étant certainement le meilleur exemple de l’usage d’une arme à feu dans un combat à l’épée depuis Les Aventuriers de l’Arche perdue. Nous pénétrons plus avant dans les Royaumes et la capitale impériale, et l’image de l’empereur, jusqu’ici floue et chimérique, se précise quand nous le découvrons dans son rôle de despote. Quant à Bigby, chef de guerre autoproclamé, nous comprenons enfin pourquoi tout le monde le craint, même si le plus surprenant reste la manière dont le loup solitaire manipule ses soldats. Il y a aussi l’héroïsme tranquille de Boy Blue. Voir ce personnage subalterne se glisser dans la peau d’un leader est tout simplement fascinant.
Enfin, le Prince Charmant fait preuve de qualités jusque-là bien cachées. Mais entre nous, Blanche ne l’aurait pas épousé s’il n’avait eu que des défauts.

Si l’un des thèmes récurrents des chansons d’amour est le désir que l’âme soeur ne change jamais, personne n’exprime ce sentiment avec autant de ferveur que les fans de comics. Nous, les adeptes de l’amour “plan-plan”, sommes entièrement dévoués à nos aventures, avec l’accent sur le “nos”. Nous voulons toujours la même chose, et la nouveauté nous rend fous. FABLES ne nous fait pas ce coup-là. Dans l’univers du comic book, on parle beaucoup de continuité, mais en réalité, la plupart des comics se contentent de poursuivre. L’ennemi juré ne meurt jamais, le héros ne change pas vraiment (si l’on excepte le costume), car les vrais changements impliqueraient que tout se termine. En dehors du problème que pose la suppression des licences dont les produits dérivés sont toujours en vente, le mot FIN soulève un dilemme créatif plus cruel encore : une fois ce mot écrit, que se passe-t-il ensuite ? FABLES n’a pas peur de relever le défi. FABLES sait que dans toute bonne relation, les protagonistes grandissent et évoluent ensemble. Ainsi, à peine notre amour réaffirmé après La Guerre des nerfs, FABLES nous déstabilise en introduisant un nouveau personnage à la faveur de L’Âge des ténèbres.
Cet arc est marqué par l’arrivée de Mister Dark et la désagrégation de Fableville, au propre comme au figuré. Tout commence dans les Royaumes avec quelques personnages que, pour ma part, je ne qualifierais pas vraiment de “Fables”, mais dont l’intrusion ravit le fan d’Heroic Fantasy que je suis. Du moins, jusqu’à ce que s’ouvre la boîte.
Mister Dark incarne la peur — pour le lecteur, pour les personnages et pour le monde entier. Que cette peur soit exprimée par la puissante et d’habitude impassible Frau Totenkinder est un plus qui instaure une atmosphère menaçante. Cette dame mange des enfants et elle a peur ? On comprend alors qu’on est en territoire inconnu et que tout peut arriver
L’Âge des ténèbres a le même objectif que tous les producteurs de films d’horreur : donner une personnalité au “Croquemitaine”. Mais si Mister Dark est sans conteste l’élément le plus important de la saga, il n’est pas vraiment au centre du récit.

De nombreuses séries ont supprimé des personnages adorés des lecteurs, parfois même plusieurs fois (Jean Grey), mais c’est souvent dans un épisode très spécial après lequel “le monde ne sera plus jamais pareil” ! À la suite de quoi, bien sûr, les choses ne changent guère. Le personnage revient avec un visage plus dur, pleurant un jeune partenaire, ou arborant de nouvelles épaulettes.

Pas ici. Ce qui s’annonce est un bouleversement qui affectera tous les exilés de Fableville et se répercutera dans les épisodes à venir. FABLES nous laisse entendre que tout n’est pas que louveteaux volants, parades et retours à la normale. Il n’y a pas d’ascension sans chute, pas de bien sans mal, ni de bataille sans sacrifice, et comme toute relation qui en vaut la peine, votre histoire d’amour avec cette série vous mettra à l’épreuve. Lire ce volume rallumera non seulement la flamme, mais vous prouvera que le mystère et l’excitation des débuts prennent tout leur sens maintenant que vous êtes plus intime avec les personnages. Vous continuez à suivre le mouvement, mais en plus, vous vantez les mérites de cette série à vos amis. D’ailleurs, vous pourriez même recommencer à acheter le mensuel ! Peut-être que vous n’enroulez plus de couverture autour de votre cou, mais avec ce vieux trenchcoat, vous pourriez faire un bon cosplay de Bigby. Grâce à un tel amour et à une série comme FABLES, tout est possible.

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Découvrir Fables

La petite communauté des Fables est prête à tout pour gagner sa liberté, y compris à détruire l’Empire de fond en comble si cela s’avère nécessaire.

Après sa victoire contre les Soldats de Bois de l’Adversaire, elle possède un avantage considérable, mais les dernières innovations technologiques de ce dernier risque fort de mettre à mal cette heureuse percée. Le conquérant des Royaumes est un fin stratège, et il réserve quelques surprises aux vaillants héros de Fableville.

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