Une partie de ce qu’on aime dans l’œuvre de Jack KIRBY, c’est à quel point son monde et ses personnages sont ancrés dans les années 1970. À travers des personnages comme Orion et Mister Miracle, on voit le Jack KIRBY, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, tenter de concilier la violence de sa jeunesse, son sens de la justice et son désir de paix en tant qu’homme plus âgé. New Gods est une fenêtre sur l’esprit d’une génération.

Avec tout cela en tête,on ne peut qu’être bluffé par la manière dont Ram V et Evan Cagle ont réussi, dans leur série New Gods, à rendre ces personnages contemporains sans jamais trahir leur ADN et origine. Quand on atteint la dernière page du chapitre 1, on a des frissons. On pense que c’est probablement ce que devait ressentir un lecteur découvrant les New Gods originels de Jack Kirby au début des années 1970. L’ambition du récit, l’art époustouflant et le postulat bouleversant imaginés par Ram V et Evan Cagle font de New Gods un successeur plus que digne de la série originale de Kirby.
New Gods tome 1 reprend juste après la disparition de Darkseid. À présent, Darkseid est mort et sa planète, Apokolips, n’a plus de dirigeant. Son absence se fait sentir jusque sur Néo Genesis, le monde qui s’oppose à Apokolips. Sentant un nouveau déséquilibre à la suite de la mort de Darkseid, le chef de New Genesis, le Haut-Père, ordonne à Orion de se rendre sur Terre et de tuer un Nouveau Dieu qui pourrait aggraver cette instabilité. Le seul problème ? Ce Nouveau Dieu émergent est un bébé. Pour la première fois de sa longue existence, Orion se sent déchiré entre sa mission et sa loyauté envers son père adoptif.
On apprécie particulièrement la manière dont Ram V parvient à insuffler une intimité émotionnelle aux figures majeures du panthéon des New Gods. Prenon Izaya, le Haut-Père, par exemple, a toujours été présenté comme un contraste doux mais stoïque face aux émotions fortes et impétueuses de son fils adoptif, Orion. Mais ici, sous la plume de Ram, il apparaît brisé intérieurement, ce qui est un développement logique pour quelqu’un qui a échangé son propre fils (Mister Miracle) avec Darkseid. Le concept original des New Gods imaginé par Jack Kirby était déjà audacieux, et il est très satisfaisant de voir un auteur explorer les émotions au travers de cet univers.

L’art d’Evan Cagle fonctionne en harmonie avec les thèmes abordés. L’une des pages les plus marquantes de New Gods se trouve dans l’épisode #7 de Jack Kirby, lorsque Mamie Bonheur remet un Mister Miracle encore bébé à Darkseid. On est frappé par l’aspect à la fois angélique et vulnérable de l’enfant. Dans le chapitre 1, si on observe bien la bannière « The World’s Greatest Escape Artist » qui occupe l’arrière-plan d’une case pendant la conversation entre Mister Miracle et Orion. Il y a des chérubins aux cheveux bouclés qui rappellent le jeune Scott Free de l’épisode #7 des New Gods de Jack Kirby. Il est clair, autant dans l’écriture de Ram V que dans le dessin de Evan Cagle, que cette page originale de Jack Kirby les a profondément marqués.
Au‑delà de Mister Miracle, les références visuelles de Evan Cagle explorent la dualité centrale entre Darkseid et le Haut-Père, entre Apokolips et Neo Genesis. Au début de l’histoire, lorsque Izaya, le Haut-Père contemple le vide spatial, Evan Cagle le dessine avec un sentiment naissant de mélancolie. Mais après qu’il apprend l’existence du Nouveau Dieu infantile sur Terre et décide d’envoyer Orion pour le tuer, son visage adopte plutôt une expression s’approchant de la sévérité, une émotion que nous ne lui avons peu vu auparavant. Les rides et les ombres s’accentuent, sa bouche se crispe en une ligne. À cet instant, le Haut-Père ressemble énormément à Darkseid. C’est un choix troublant mais terriblement efficace, répercuté plus tard lorsque Orion utilise une boîte-mère pour rappeler à Mister Miracle son visage. Alors que les traits neo-genesiens d’Orion fondent pour révéler la masse calcifiée de son héritage, ressemble‑t‑il, dans cette case, davantage au Haut-Père, son père adoptif,… ou à son père biologique, Darkseid ?

Orion a toujours été un personnage au cœur du débat, et le fait que Evan Cagle parvienne à brouiller les distinctions entre Darkseid et Haut-Père nous pose une série de questions troublantes. Cette dualité était‑elle fausse depuis le début ? Si Orion choisit de rejeter les valeurs de son père adoptif comme de son père biologique, qui est-il vraiment ? Darkseid est-il véritablement mort, peut-il l’être s’il continue de vivre dans les pensées des autres ?
New Gods est rempli de moments cruciaux qui montre à quel point Ram V et Evan Cagle maîtrisent leur art narratif et comprennent intimement leurs personnages. La paternité est un thème récurrent dans de nombreuses histoires DC, mais les New Gods ont toujours offert une réflexion unique sur ce sujet. Maintenant que Mister Miracle est lui‑même père et qu’Orion remet en question sa loyauté envers son père adoptif, Ram V et Evan Cagle ont posé les bases pour que New Gods nous bouleverse tous.

New Gods, tome 1 NOUVEAUTÉ
Un dieu est mort, et les répercussions de son décès se font sentir dans tout l’univers, déclenchant un conflit intergalactique et réveillant les pouvoirs latents d’un mystérieux enfant sur Terre. Mais tout cela a été prophétisé par la Source et transmis sous forme d’images énigmatiques à son agent, Metron. Alors que ce dernier annonce aux habitants de Néo-Genesis et d’Apokolips leur funeste destin, les deux mondes sont plongés dans le chaos et la guerre. Sur Terre, Scott Free et Barda ne sont pas conscients du chaos qui s’annonce alors qu’ils sont accaparés par leur tâche la plus intimidante : devenir parents.

