Rick REMENDER nous livre au côté de Daniel ACUÑA, un morceau de l’histoire de sa famille. A travers Escape, les auteurs nous livrent une histoire dans la grande Histoire du monde qui s’inspire des horreurs de la guerre.

L’histoire de la famille du côté de mon père a toujours été un peu nébuleuse. Mon paternel ne s’est jamais entendu avec le sien. Il a quitté le foyer familial à l’âge de treize ans et après ça, il a rarement parlé à mon grand-père. Je savais que ce dernier avait été un pilote dans les années 1930, qu’il faisait de la voltige et vendait des baptêmes de l’air. Il vivait sa liberté dans le ciel du Nebraska avant de rejoindre l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais je ne savais pas grand-chose d’autre en dehors de ça.
Ce n’est qu’au décès de mon père, il y a quelques années, que j’en ai appris davantage sur l’histoire de mon grand-père. En triant des papiers, j’ai découvert des coupures de journaux évoquant ses états de service avec l’Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale. Elles détaillaient ses missions et sa contribution à la victoire face à Rommel en Afrique du Nord… des accomplissements dont j’ignorais tout.
Ça m’a rappelé quelque chose que mon père m’avait dit : les pilotes, dont mon grand-père, se voyaient régulièrement prescrits de la méthamphétamine pour rester alertes pendant leurs longues heures de vol. Il était rentré victorieux mais profondément marqué, avec une addiction et une âme fracassée qui ont jeté un voile bien sombre sur trois générations de notre famille. Ces épreuves ont durement touché mon père et affecté son existence. Et, comme les traumatismes ont tendance à se transmettre, ça a également impacté la mienne.

Apprendre la bravoure et les sacrifices de mon grand-père m’a permis de mieux le comprendre, ainsi que ce qu’il avait vécu et les complexités de la guerre. C’est comme ça que Milton Shaw a commencé à prendre forme dans mon esprit. Daniel ACUÑA et moi discutions depuis longtemps d’une éventuelle collaboration. Lors de l’une de nos conversations, il m’a révélé que ses deux grands-pères s’étaient battus pendant la guerre d’Espagne. Et il m’a raconté cette histoire incroyable : son grand-père avait poussé un officier supérieur du haut d’un escalier et était passé devant la cour martiale avant d’être condamné à mort. Un autre officier supérieur, un vieil ami de sa famille, était intervenu pour lui sauver la vie.
En nous racontant ces histoires, il m’est apparu évident que Daniel serait le dessinateur parfait pour cette série.
Une connexion profonde est obligatoire pour réaliser quelque chose de spécial, et nous l’avions. Je lui ai envoyé le pitch et il l’a adoré. Je lui suis infiniment reconnaissant pour cette collaboration, car créer ESCAPE avec lui est, je crois, l’un des plus grands moments de mes trois décennies passées à faire de la BD. Je n’imagine personne capable de faire un boulot à moitié aussi bon que le sien sur chaque planche qu’il a réalisée avec amour et passion.

ESCAPE n’est pas qu’une aventure bourrée d’action et de baston. C’est aussi une réflexion sur le prix que tout le monde paie lors d’une guerre, des braves pilotes et des civils innocents aux générations qui suivront. Il y est question d’amitiés improbables, de bonté humaine et d’un puissant rappel que les individus sont fondamentalement bons.
C’est seulement lové dans l’anonymat des foules que le mal prospère.
Mais vous allez me demander : pourquoi des animaux anthropomorphiques ?
Il y a des années, j’ai lu un article expliquant que les humains ressentaient davantage d’empathie envers les animaux que pour leurs congénères. Je me suis alors dit que dans de nombreuses histoires que j’écrivais, utiliser des animaux anthropomorphiques aurait pu amplifier la sympathie du lecteur et réduire ses biais, à la manière de Watership Down, pour commenter de manière plus limpide l’inhumanité de l’homme avec ses semblables en s’écartant légèrement de la réalité.
Voici chose faite.

Escape – tome 1
Pilote de bombardier aguerri, Milton Shaw effectue des missions au-dessus d’un monde déchiré par la guerre face à un empire de chauve-souris impitoyable. Mais lorsque son avion est abattu, Milton se retrouve derrière les lignes ennemies, dans les ruines fumantes d’une ville qu’il a lui-même bombardée. Et il a intérêt de vite trouver un moyen de s’enfuir, car il le sait : dans moins de 24 heures, son propre camp va larguer une énorme bombe destinée à finir le travail. Blessé, désarmé et traqué par les factions fascistes qui tiennent le pays d’une main de fer, Milton devra se battre pour s’échapper avant que la bombe ne tombe et n’efface tout… et tout le monde.
Prix de lancement : 15€ jusqu’au 31 mai

