Natif de Leones, en Argentine, Eduardo Risso a commencé à dessiner professionnellement en 1981, pour les comic strips “Julio Cesar” et “El Angel”. En 1986, il s’est associé avec le scénariste Carlos Trillo, une association qui dura jusqu’à récemment avec les titres Fulù, Simon : an american tale, J.c. Benedict, chicanos et Borderline (Point de rupture chez Delcourt). Après avoir percé dans les comics américains en 1997, Risso a travaillé pour la première fois avec Brian Azzarello en 1998 pour la mini-série Vertigo JOHNNY DOUBLE, qui les a conduits à faire équipe sur 100 BULLETS et sur le graphic novel DC BATMAN : BROKEN CITY. Grâce à son travail sur 100 BULLETS, Risso a reçu trois Eisner Awards, deux Harvey Awards et le Yellow Kid Award.

 

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Écrire une introduction… mais oui, bien sûr ! Pourquoi pas ? c’est une excellente occasion, et je n’ai jamais rien fait de ce genre (en plus, nous sommes si proches de la fin)… mais je suis dessinateur ! Je n’ai rien à voir avec l’écriture. Mais bon, ça ne peut pas être si difficile, hein ?

En y repensant, ça n’a pas été facile pour moi de passer du plaisir de lire des comics au plaisir de les créer. l’idée semblait si simple quand j’étais jeune, mais les nombreuses embûches que j’ai rencontrées le long du chemin m’ont forcé à accepter la cruelle réalité. la seule chose qui m’a aidé à surmonter ces obstacles, c’est la confiance en moi acquise au cours des mes premières années d’étude et de mes premières expériences professionnelles.

La première chose que j’ai apprise à l’école, c’est que je n’aimais pas étudier, mais comme j’étais obligé, il a aussi fallu que j’apprenne à gérer mon temps. Mes premiers jobs m’ont aidé à savoir clairement quelle profession il fallait que je choisisse. J’ai commencé à travailler très tôt, en aidant mon père dans un garage, et au lycée, j’ai partagé mon temps entre les études, le travail et les amis. aujourd’hui, je me souviens de cette expérience avec gratitude, pas seulement parce que j’ai appris à être indépendant, mais aussi parce que j’ai compris qu’on peut trouver un équilibre entre le travail et les loisirs pour qu’aucun n’ait à pâtir de l’autre… si on a l’énergie de la jeunesse et le sens des priorités, bien sûr.

Ces jobs où j’ai eu à partager de l’espace et du temps avec beaucoup de gens m’ont sans doute poussé vers les comics. un jour, j’ai compris que faire partie d’une entreprise… n’importe laquelle… signifiait que même si nous poursuivions tous le même objectif, j’aurais toujours cette épée suspendue au-dessus de moi, et que ma tête pouvait être celle qui serait tranchée en cas de problème. c’est là qu’il est devenu clair pour moi qu’il me fallait mettre toute mon énergie dans des choses que j’aimais vraiment.

 

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Le temps m’a démontré que j’ai pris la bonne décision.

Ma profession m’a plus apporté que jamais je n’aurais osé l’espérer… en particulier, l’occasion de continuer à vivre comme Peter Pan, car c’est ce que je ressens quand je dessine. Je suis l’un de ces lecteurs qui se laisse avaler par la vie des personnages, et j’essaie de garder cet état d’esprit quand je crée. en plus de faire attention à ma technique, je fais tout valider par mon Peter Pan intérieur, pour m’assurer que tous les éléments fonctionnent comme il faut pour être captivants. c’est ma petite folie personnelle.

¡Caramba! voilà que sans y prendre garde, je me suis mis à écrire !

Beaucoup de gens m’ont dit que je devrais écrire mes propres histoires. Beaucoup de dessinateurs le font, certes, mais illustrer ses propres paroles n’est pas une garantie de qualité. J’imagine que n’importe qui peut écrire, mais ceux qui peuvent le faire bien sont clairement une minorité. avec , j’ai eu la chance de travailler avec quelqu’un qui écrit mieux que bien, qui fait partie des meilleurs.

Si vous voulez créer une histoire qui se déroule sur plusieurs années, il faut plus que de l’action simple et des dialogues ciselés. il faut un scénario incroyable… et c’est clairement ce que Brian azzarello a créé avec . Bien sûr, ça n’est pas la seule vertu qui définit un bon scénariste. il doit aussi savoir gérer le timing de l’histoire, un élément clé souvent survolé mais qui est selon moi de la plus haute importance. la capacité à choisir le moment parfait pour interrompre l’action ou passer d’une scène à l’autre est l’apanage de peu d’auteurs, et Brian fait très certainement partie de ceux-là.

Si l’on oublie ces capacités d’auteur, cependant, je dois louer chez Brian une autre qualité assez rare : la générosité. Peu de gens accorderaient tant de latitude à leur collaborateur, surtout sur une œuvre aussi monumentale. Mais croyez-le ou pas, ce genre de générosité existe, et Brian en est un exemple flagrant.

Nous tous qui avons travaillé sur avons eu la possibilité de nous épanouir, et le résultat est que chaque aspect de cette série a sa propre qualité qui le distingue… en particulier les couvertures, conçues par Dave Johnson. Ça aurait peut-être été plus simple si je les avais dessinées moi-même, mais croyez moi, je n’aurais pas pu faire autant de couvertures qui ressortent sur une étagère. Dave a une autre qualité qui me touche profondément : l’intelligence. il réfléchit avant d’agir. Grâce à lui, nous avons quelque chose d’assez puissant pour rendre la série instantanément reconnaissable d’un seul regard parmi les centaines d’autres comic books. c’est sublime !

 

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La couleur est une autre chose qu’on peut facilement oublier, mais quand les bonnes couleurs sont au bon endroit, elles peuvent faire beaucoup pour donner une ambiance. Mais il faut bien plus qu’un accès à un ordinateur et à ses millions de teintes différentes. les couleurs peuvent apporter la finition parfaite à une œuvre, mais sans un bon œil et un sens solide du design, elles peuvent créer un mirage visuel qui distrait au lieu d’améliorer le dessin. heureusement, Patricia Mulvihill a du talent chromatique à revendre, et son travail a apporté à la série une aura irremplaçable de grâce et d’élégance.

Nous formons tous une grande équipe… et que ce soit un formidable coup de chance ou le résultat d’un plan finement élaboré par les rédacteurs qui nous ont fait confiance et nous ont donné la liberté de faire tout ce que nous voulions pour améliorer chaque chapitre de la saga, on ne le saura jamais. Mais je mise sur la deuxième option.

La vie m’a appris que la chance peut vous tomber dessus au détour d’un chemin, mais que si vous choisissez une autre route, elle tombera sur quelqu’un d’autre. avec , j’ai pris le bon chemin. Merci à Axel, Will, Casey, Karen… et merci à vous, nos lecteurs.

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