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Comment a t-elle commencé cette guerre, au juste ?

 

La réponse est compliquée. Comme la plupart des conflits, c’est une longue succession d’agressions et de représailles. Ce qui suit est un résumé très succinct des faits qui ont mené le nord de l’Ouganda sur le sentier de la guerre perpétuelle.

Il nous faut remonter jusqu’à l’époque de la colonisation. Dans les années 1860, des explorateurs britanniques, à la recherche de la source du Nil, découvrent un agrégat de royaumes formant ce qui sera plus tard appelé « Ouganda ». Fidèles aux principes occidentaux de l’époque, les Britanniques se lancent à la conquête du territoire, mais pas par les armes (ce sera pour plus tard)… par la Bible. Les missionnaires protestants arrivent en 1877, les catholiques leur emboîtent le pas en 1879. C’est là que naît l’union complexe entre chrétienté et spiritualité africaine qui deviendra un élément fondamental du combat mené par la L.R.A. En 1893, le royaume du Buganda devient un protectorat britannique, par le biais de pressions militaires et politiques. En un an, l’armée britannique étend sa mainmise sur les royaumes de Banyoro, Lango et Acholi. À la on des années 1900, le « protectorat d’Ouganda » réunit quatre royaumes différents et une myriade de cultures claniques. Les Britanniques chassent du pouvoir les rois et les chefs locaux pour les remplacer par leurs propres gouverneurs Ganda (v. lexique). Ils encouragent le développement politico-économique du sud, mais bloquent celui du nord, notamment en ce qui concerne les Acholis. Cette nouvelle nation-patchwork pioche dans les groupes ethniques du nord leurs effectifs militaires et leur force ouvrière. Il en résulte d’une part une ethnocratie militaire, et de l’autre une tendance systémique au militantisme agressif dans le nord. Ouganda », assemblage pêle-mêle de peuples disparates, les Britanniques mettent en place les pièces d’un échiquier qui opposera des années le royaume sudiste dominant du Buganda aux groupes ethniques nordistes.

soldat inconnu

En octobre 1962, l’Ouganda proclame son indépendance. Le pays est divisé en factions religieuses et ethniques, le chaos règne et les Britanniques sont partis. Il s’ensuit une série de querelles de pouvoir et de batailles identitaires, avec pour enjeu l’âme de la nation. L’un des premiers leaders à émerger est Milton Obote, d’ethnie Lango, nordiste et protestant. En 1971, il est chassé du pouvoir par Idi Amin Dada, également nordiste, mais musulman. Huit ans plus tard, Idi Amin est chassé par une coalition d’Ougandais exilés et de soldats tanzaniens. Obote reprend le pouvoir lors d’élections que d’aucuns considèrent truquées. Ces suspicions quant à l’élection d’Obote provoquent une guerre civile ethnique. De ce tumulte surgissent plusieurs groupes de guérilleros, dont celui de Yoweri Museveni (futur président d’Ouganda) en 1981. Environ 100 000 personnes meurent lors des combats entre l’armée d’Obote et les guérilleros, que l’on qualiffie de « Guerre de Brousse Ougandaise ».

soldat inconnu

Museveni, chrétien Born Again de l’extrême sud-est, s’empare de Kampala, la capitale, en 1986. En mars, ses troupes occupent le territoire acholi. Cela provoque la réaction d’un groupe d’ex-soldats du gouvernement, d’ethnie acholi, qui s’étaient jusque là réfugiés au Sud-Soudan. Ils reviennent dans le nord de l’Ouganda pour repousser les hommes de Museveni et lutter pour contrôlée par le Buganda. La résistance anti-Museveni  développe, et plusieurs groupes rebelles apparaissent. Parmi eux se trouve le Mouvement du Saint-Esprit Cette médium acholi prétend abriter l’esprit d’un officier de l’armée italienne qu’elle appelle « Lakwena » (« messager ») et qu’elle considère comme un avatar du Saint-Esprit selon la tradition catholique. Le H.R.H. lance ainsi la mode des chefs militaires à inspiration mystico-chrétienne dans le territoire acholi, qui culmine, un an plus tard, avec l’extrémiste chrétien Joseph Kony. En 1987, le groupe d’Alice Auma est démantelé après une tentative ratée de marche sur Kampala. Les anciens du H.S.M., assaillis de toutes parts par le gouvernement ou d’autres groupes rebelles, renoncent au combat ou sombrent dans le banditisme. Des cendres du Mouvement surgit cependant Kony, Acholi de 26 ans qui se prétend « porte-parole de Dieu » et dépositaire du Saint-Esprit. Pour se protéger des balles, Kony enjoint ses soldats à s’oindre le corps d’huile végétale.

soldat inconnu

À l’heure actuelle, Kony continue de s’opposer aux soldats de Museveni à des degrés divers, ce qui fait du confflit ougandais l’une des guerres les plus longues à continuer encore de nos jours. L’organisation de Kony, le L.R.A. (Lord’s Resistance Army), est un réseau de guérilleros dont le but est d’instaurer sur tout le territoire ougandais un gouvernement théocratique, basé sur la Bible et les Dix Commandements. La L.R.A. a atteint des sommets en matière de violence sous la supervision de Kony : meurtres sadiques, enlèvements, mutilations, esclavage sexuel et incorporation forcée d’enfants dans leurs rangs. Le nombre d’enlèvements depuis 1987 est estimé à 60 000. Le président Museveni a réussi à circonscrire l’expansion de la L.R.A. hors du sud, mais ce groupe, malgré une inefficacité croissante, persiste à sévir aujourd’hui encore.

Une brève histoire de l’ouganda 1/4
Une brève histoire de l’ouganda 2/4
Une brève histoire de l’ouganda 3/4
Une brève histoire de l’ouganda 4/4 

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