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La légende du serpent des blés d’Alabama

Connaissez-vous la légende du Serpent des Blés d’Alabama ?

Je jure de tout faire pour que jamais on ne l’oublie. Je vais vous la conter, mais après vous avoir expliqué mon amour pour SCALPED : les comics que je préfère m’émerveillent tous par leur structure narrative. ils ressemblent à des mécanismes d’horlogerie, avec des rouages et des engrenages si complexes et étranges que les aborder, les lire et se perdre dans leurs méandres donne l’impression de vivre une aventure dans une nouvelle peau. Je les ai lus maintes fois et toujours avec la même joie car, à aucun moment, l’auteur qui est en moi ne se pointe pour me dire des choses comme : « Hé ! Mais comment ont-ils fait ça ? ». Je ne prends aucune note, ne vois ni d’où ça vient ni où ça va, ne pense jamais à la manière dont je les écrirais, moi. les comics que je préfère sont tellement bons que je me laisse aller à les lire réellement, sans les juger, les évaluer, ni même songer à y changer telle ou telle chose.

J’ignore si vous vous rendez compte à quel point cette petite voix intérieure peut ruiner la lecture de ceux qui, comme moi, sont eux-mêmes des auteurs. Cela arrive tout le temps. J’allais donc vous parler de SCALPED de cette manière-là : que c’est actuellement un de mes comics préférés, sinon mon préféré tout court parce que mois après mois, j’en tombe un peu plus amoureux, que j’ai lu le run entier une bonne douzaine de fois maintenant et que je le relis chaque fois qu’une nouveau numéro comme celui-ci paraît, que plus l’histoire d’AARON et GUERA avance et plus elle gagne en profondeur et en force, que ce livre est de plus en plus génial, que je l’aime, que je l’aime, que je l’aime. puis j’ai réalisé que, … c’est le sixième tome, quand même.

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Quel genre d’introduction un lecteur est-il en droit d’attendre à ce stade-là ?

Si vous-même, vous lisez cette intro, c’est que vous faites déjà partie, comme moi, des fidèles SCALPED, et que vous n’avez pas besoin qu’on vous convainque d’acheter ou de lire la série. aussi, plutôt que de vous dire ce que vous savez déjà, laissez-moi vous parler de ce que vous ne savez pas. au moins, avec un peu de chance, vous n’aurez pas le sentiment d’être arnaqué. et ce que vous ignorez, j’en suis quasi certain, c’est la légende du serpent des Blés d’Alabama. C’est une histoire que les mères racontent à leurs enfants et que les pères ruminent souvent dans le Comté de shelby, Alabama. il fut un temps où la vie dans le comté de shelby n’était pas celle qu’elle est aujourd’hui : des types avec lesquels vous n’auriez pas voulu nécessairement traîner, tout simplement traînaient. Je parle ici des Méthodistes, mais vous pouvez remplacer ce mot par celui de n’importe quels indésirables de votre choix. À cette époque, à cet endroit, les Méthodistes étaient indésirables. Des bandes de voyous méthodistes amadouaient et menaçaient, contournaient et enfreignaient la loi. ils sifflaient de jeunes mères, injuriaient des grand-mères, jetaient des cailloux sur les hommes, poursuivaient, armés de cravaches, les jeunes garçons. le comté était assiégé jusqu’à ce qu’un homme leur résistât.

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Cet homme fut surnommé « le serpent des Blés d’alabama », sans doute parce qu’il surgissait des champs de blé et passait tout le monde à tabac avant de s’y enfouir à nouveau, mais je ne suis pas certain de cette explication. Ce dont je suis sûr, c’est qu’armé d’une torche électrique en acier et d’une chaussette emplie de pièces de 5 cents, il agissait de nuit et, un par un, fracturait des crânes. Soit les Méthodistes renonçaient à leurs actes, soit ils recevaient davantage de coups. le serpent des Blés d’alabama m’a sauvé d’une meute sauvage de Méthodistes une nuit d’août, alors que je faisais le plein à une station d’essence sur l’i-65, entre Montgomery et huntsville (où je devais participer pour la dixième fois au Camp spatial).

J’étais debout, pétrifié de peur, alors qu’il réduisait en bouillie Méthodiste après Méthodiste, tantôt d’un coup de lampe, tantôt d’un coup de chaussette, faisant gicler le sang et disparaître la foi comme vous et moi nous nous débarrasserions d’insectes écrasés sur notre pare-brise. Quand il eut fini, nous nous sommes fixés du regard, moi dans ma combinaison bleu ciel, lui dans son T-shirt Roll Tide et son short Adidas  Pendant que les Méthodistes toussaient, râlaient, priaient un dieu qui n’arrivait pas, je lui ai demandé : « Serpent des Blés d’Alabama ! Que se passera-t-il quand il n’y aura plus de Méthodistes à punir ? Comment occuperas-tu ce monstre qui vit en toi et qui a clairement besoin de carnage et de vengeance ?» « Hé bien, j’écrirai des comics », m’a-t-il répondu. Jason Aaron est le serpent des Blés d’Alabama. Je le sais parce que je l’ai vu de mes propres yeux. La prochaine fois que vous le verrez, dites-lui : Serpent des Blés d’Alabama. Et vous verrez refaire surface les diables et les loups qui se déchaînent en lui et qui le rongent jusqu’aux os.

Matt Fraction
Portland, OR

Matt fraction est un auteur primé aux Eisner Awards. Ses oeuvres incluent The five fists of science, Casanova tome 1: Au service de l’E.M.P.I.R.E, The invincible Iron-man, et Uncanny x-men.

 

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