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A l’occasion du quatrième volume de la série Scalped, Garth Ennis le scénariste de Preacher, en profite pour dresser une déclaration d’amour pour le travail de Jason Aaron. Irrévérencieusement dithyrambique. 

De temps en temps émerge un scénariste hors pair.

Avouez que, dans le monde des comics, le phénomène est plutôt rare. Comprenons-nous bien… Chaque année produit son lot d’auteurs talentueux, c’est vrai. Mais que font-ils, le plus souvent, à part se cantonner aux histoires de super-héros qui font vivre l’industrie… et berçaient déjà leur enfance ?! En écrivant eux-mêmes une suite à ces histoires, ils ne se prennent, ni plus ni moins, qu’une bonne bouffée de nostalgie et se contentent, ni plus ni moins, de s’amuser.


Créer ses propres jouets, voilà qui est plus difficile. Les inventer, mais qu’ils tiennent la route, aussi. Qu’ils aient leur propre voix, en fait : car le genre “super-héros” n’a pas le monopole de la déclinaison à l’infini. Aussi, quand apparaît un scénariste qui parvient à faire ça – et qui plus est avec style –, ceux d’entre nous qui ont à coeur ce genre de choses le repèrent sur-le-champ. Il y a eu, il y a peu, Brian AZZARELLO avec 100 BULLETS (LE polar des polars), suivi de près par Brian VAUGHAN avec EX MACHINA et Y. Et moi qui ne lisais plus que des albums et des mini-séries, je me suis remis, d’un seul coup, à lire des mensuels.

Aujourd’hui, il y a Jason AARON : après son excellent début avec DE L’AUTRE CÔTÉ, voici qu’il réitère avec SCALPED. Hmm… Vous remarquez comme tous les trois sont des Yankees ? Je me rappelle une période où… Ah, laissez tomber. Après tout, on s’en fout.

Deux choses me sont apparues après coup à la lecture de SCALPED (“après coup”, parce que j’étais si absorbé par l’histoire qu’il m’a fallu prendre le temps de faire une pause analytique) :
– la première, c’est une assurance dans la narration absolument époustouflante, que ce soit dans l’écriture de Jason ou dans l’illustration aride de R.M. GUÉRA . Alors qu’il faut des années à la plupart des scénaristes et des dessinateurs pour ficeler leur jeu, ces mecs-là y parviennent en quelques épisodes seulement.
– la seconde, c’est que c’est un polar, ok (enfin, pour être plus précis, un mélange de polar noir, politique et historique, ultraviolent et de néo-western en plein milieu amérindien), mais qui n’emprunte aucun des outils habituels aux autres genres pour s’imposer : pas de super-héros, pas d’épouvante, pas de science-fiction ou de fantasy, rien. Pas un elfe ou un ange en vue. Pour un mensuel pour adultes et dans le climat actuel des ventes, c’est à la fois rafraîchissant et bougrement courageux.
Cette façon de démarrer sur des chapeaux de roue est une chose qui me dépasse chez AARON. Peut-être n’est-ce qu’une question de gènes, vu que son cousin n’était autre que Gustav HASFORD, l’auteur du Merdier (dont vous connaissez sans doute l’adaptation cinématographique, à savoir Full Metal Jacket et de The Phantom Blooper (ceci dit, mon arrière-grand-père ayant dirigé la ligue anti-alcoolique locale, l’argument génétique me laisse quelque peu dubitatif). Quoi qu’il en soit, il a fait fort. SCALPED est une vraie réussite, un petit bijou de comic book qui, je l’espère, va continuer sur sa lancée.
Alors, si vous aimez cet album de la meilleure série qui soit depuis des années, faites passer le message. Dites-le à vos amis, votre famille, vos créanciers. Parlez-en. Aussi sur votre blog. Faites votre possible pour permettre à ce comic book de suivre son petit bonhomme de chemin, et que nous puissions nous en délecter étape par étape.
Parce que Jason AARON est un scénariste hors pair, et que SCALPED vaut le coup qu’on se démène pour lui.

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Découvrir Scalped

Un vieux couple menant une vie paisible aux environs de Prairie Rose ; un homme de main, violent et rongé par un terrible secret, lâché dans les environs du casino de Red Crow ; un revenant, un soldat, à qui la mort semble refuser le repos, retourne à la réserve avec pour dernière volonté de retrouver l’amour de sa vie ; et deux âmes torturées se débattant dans les volutes toxiques de leurs accoutumances, perdues entre leurs souvenirs pourris et l’espoir mort-né d’une nouvelle vie.

Bienvenue à Prairie Rose.

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