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Mike Huddleston, dessinateur d’Homeland, décrypte la scène du laboratoire. 

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L’une de mes scènes préférées dans ce récit est la scène du laboratoire, entre le Dr. Lasky et Grace, son infirmière. Bien que ce genre de scène soit crucial en termes d’informations données au lecteur, elles n’offrent que rarement l’occasion de développer une narration visuelle très excitante. Habituellement, lorsque je lis un script, je suis attentif à deux choses :

1) la façon la plus simple de chorégraphier l’action et

2) comment caractériser l’environnement dans lequel l’action se déroule.

Comme le script de Robert indiquait un docteur assis, face à son microscope, enchaînant ensuite sur une discussion avec l’infirmière, la première étape s’est révélée assez simple. Restait encore à réfléchir à la manière dont je pourrais attirer l’attention sur le décor. Comment le rendre intéressant et faire ressentir que l’on est VRAIMENT dans un laboratoire médical ?
La solution 
de facilité aurait été de remplir le fond de machines et de posters médicaux, tous ces détails auxquels on pense quand on se rappelle nos visites chez le médecin.

Le problème ici est que l’information délivrée par la scène est le pivot de tout le scénario, aussi, je devais éviter que le décor n’accapare l’attention du lecteur au détriment des personnages. Je voulais jouer avec l’imagerie des posters médicaux. C’est quelque chose qui m’a toujours fasciné dans les cabinets de médecin. Au départ, j’avais l’intention de placer plusieurs vieilles gravures médicales dans des petits cadres pour habiller le fond, mais lorsque j’ai importé la première image sous Photoshop, elle a littéralement boufé toute la place sur l’écran ! La planche anatomique  recouvrait à elle seule plusieurs cases, elle était énorme. Mon erreur m’est tout de suite apparue beaucoup plus intéressante que l’idée initiale.

Intégrer ce genre d’« heureux accident » représente une part importante dans ma technique de travail, aussi, en voyant le résultat, j’ai décidé de le garder. Ce que j’aime dans cette idée, c’est que les dessins d’anatomie agissent comme des icônes, ou des idées projetées dans l’espace. Ils n’ont pas de place rationnelle dans cet environnement, mais ils informent le lecteur sur la localisation de l’action d’une manière assez originale. Un autre élément que l’on aperçoit ici, et qui définit l’essence graphique d’Homeland, est l’utilisation de clip art (éléments graphiques issus de banque généralement libres d’usage) pour illustrer les immeubles, les arbres et, plus loin au cours du récit, les véhicules.

J’ai pressenti que pour un projet tel que celui-ci, ancré à ce point dans un monde réel, dessiner les voitures et les bâtiments de manière hyper-réaliste n’allait pas ajouter grand-chose au visuel du livre. Aussi, toujours en écho à mon concept du « traitement graphique comme medium narratif », j’ai pensé utiliser la photographie, les clip arts et d’autres éléments photocopiés. Le graphisme de ce livre tient beaucoup du collage de différents styles et si je n’étais pas certain du rendu final, j’ai su qu’au moins il ne serait pas ennuyant visuellement.

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