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Alors que les blessures du deuxième conflit mondial se referment progressivement, l’Amérique, prospère et victorieuse, se met à rêver de beaux lendemains et réapprend à vivre au quotidien. C’est dans cette atmosphère optimiste et productive que Superman devient l’étendard des forces vives du pays, défendant plus que jamais « la vérité, la justice et les valeurs américaines ».

Il est ainsi notable que dès le numéro d’Action Comics daté de janvier 1946 (#92), le Daily Planet lance un concours visant à déterminer qui des habitants de Metropolis mérite le plus le titre « d’Américain moyen », et qu’après moult péripéties, le gagnant s’avère être Clark Kent, notre humble journaliste favori. Superman et Clark, en cette année 1946, vont ainsi refléter les changements sociaux et politiques qui pointent dans ces États-Unis victorieux mais également traumatisés par le souvenir de la guerre. Loin d’oublier ce qui conduisit à ce conflit sanglant, les auteurs pointent par exemple du doigt les conséquences dramatiques comme dans cette histoire de Noël (Action Comics #93) qui montre l’Homme d’Acier réunissant des orphelins de guerre de tous pays et leurs familles. Il sait aussi se faire porte-parole d’idées progressistes : dans le numéro 10 d’Action Comics, Superman découvre une civilisation abandonnée dont les habitants sont maintenus en animation suspendue. Leurs dirigeants ont en fait décidé d’utiliser leur science prodigieuse – issue disent-ils de l’Atlantide –  pour modifier le cours du temps et supplanter leur civilisation à la nôtre, en punition des crimes de guerre et de désolation. Leur montrant les bienfaits de la modernité et de l’entraide (hôpitaux performants, travailleurs libres etc.), Superman arrivera néanmoins in extremis à convaincre ces dirigeants de stopper leur invasion et de participer à l’effort commun en partageant leur savoir.

superman urban comics man of steel

Même si l’épisode n’y fait mention que sur deux pages, Superman est le témoin « privilégié » d’un test de bombe A (couverture d’Action Comics #101 par Wayne BORING et Stan KAYE).

Cette fois en la science, on la retrouve également dans les épisodes mettant en scène la toute nouvelle énergie nucléaire. Sur une couverture mythique, celle d’Action Comics #101, on y voit Superman filmer un test de la bombe A en plein océan. Depuis la fin de la guerre, de nombreux articles ont ainsi hier encore, un secret d’état. C’est également la raison pour laquelle, dans   le numéro 38 de Superman, il est noté en préambule d’un épisode mettant en scène Luthor inventant une arme atomique, que cette histoire avait été un temps censurée. Luthor ne s’arrêtera pas en si bon chemin, et réapparaîtra en fin d’année, dans Superman #43, utilisant un engin foreur surpuissant pour récupérer une météorite. Heureusement pour notre héros, tous les inventeurs ne sont pas aussi dangereux et on peut découvrir, dans ce même numéro, le farfelu Hector Twhistle, dont les objets fantaisistes sont convoités par un gangster. Enfin, Superman ne défend pas seulement l’Amérique moderne mais également les fondements de sa démocratie, dans un épisode radiophonique fort remarqué à l’époque : « Clan of the Fiery Cross » (juin-juillet). Dans cette aventure, les auteurs se sont servis des informations rapportées par Stetson

KENNEDY, un défenseur des droits de l’homme, qui infiltra le Ku-Klux-Klan : l’épisode dévoilait les méthodes et les codes secrets du Klan, dénonçant son discours de haine et d’intolérance. L’affaire fit grand bruit et ce fut notamment  fin de l’anonymat pour Bud COLLYER, l’interprète de Superman. Du côté des comic books, le petit monde de Metropolis était plus calme malgré les manigances de Mr Mxyztplk qui s’allie à l’horrible Suzie Thompkins dans Superman #40, ou se fait passer pour un génie des mille et une nuits dans Action Comics #101. On retrouve également les méfaits du Prankster, qui se fait humilier à son tour (Action Comics #95) ou de Wilbur Wolfingham qui ouvre une agence matrimoniale (Superman#39).

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Même dans ses émissions radios, où il affronte en cette année 1946, le KKK, Superman promeut les valeurs de Vérité et Justice
(couverture de Superman #39 par Jack BURNLEY et Stan KAYE).

Mais tout cela n’est que du menu fretin pour un super-héros bien plus occupé à défendre son identité secrète d’un fin limier de Scotland Yard (Action Comics #100) ou à s’en trouver une nouvelle quand Clark en vient à « périr » dans une explosion (Superman #42) ! C’est d’ailleurs le point de départ d’une intrigue que  Grant MORRISON reprendra et développera dans le tome 2 de Superman (collection Renaissance) à paraître en septembre !

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