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Tom Fontana a écrit et produit de passionnantes séries pour la télévision, telles St Elsewhere, Homicide : Life on the Street ou Oz, pour lesquelles il a reçu entre autres, trois Emmy Awards, quatre Peabody Awards, trois Writer’s Guild Awards, quatre Television Critics Association Awards, le Cable Ace Award, le Prix Humanitas, un Edgar Award Special et le premier prix au Festival Cinéma Tout Écran de Genève.

La conscience d’une balle.

Absurde, hein ? Une balle est un objet, inanimé jusqu’à ce que l’on presse la détente.

Une balle n’a pas de conscience, une balle n’a pas d’âme.

À moins que…?

Le revolver a été inventé par Samuel Colt, en 1836. Auparavant, les gens se servaient de mousquets à balle unique, pour chasser le repas du soir ou mener le combat du jour.

La raison d’être du revolver était différente. Il a été conçu pour envoyer un projectile dans le corps humain à une vitesse ébouriffante. Pour arracher la chair. Pour abîmer la peau, les muscles et les os et ralentir l’adversaire…ou le laisser mort sur place.

La blessure est personnelle.

Quelle que soit la raison pour laquelle on se sert d’une arme de poing… auto-défense, crime, folie… elle envoie un message fort : “J’ai le droit d’infliger la douleur, j’ai le droit de tuer une autre personne, si je décide que c’est nécessaire.”

100 Bullets

La balle fait de chacun de nous un juge et un jury. La balle fait de chacun de nous un dieu.

Mais nous sommes civilisés, et nos législateurs ont créé des règles pour encadrer l’usage d’armes à feu. Seul le gouvernement décide quand et pourquoi un homme doit mourir. En tant qu’individus, nous ne pouvons être juges de cela que dans le contexte très précis de la loi.

Si nous la transgressons, si nous assassinons pour une mauvaise raison, nos pairs peuvent nous punir avec la ferveur de l’Ancien Testament… parfois même nous condamner à mort. (Mais un tueur par balle n’est jamais exécuté par un peloton d’exécution, ce qui fermerait pourtant la boucle…)

Alors que feriez-vous si, un jour, un étranger venait vous proposer l’occasion d’éliminer quelqu’un… votre pire ennemi… sans être inquiété des représailles ? Les autorités locales ne feraient rien contre vous.

La routine de votre existence quotidienne resterait inchangée.

Saisiriez-vous la crosse du Smith & Wesson à deux mains ? Ou prendriez-vous le temps de vous demander ce que vous ressentez vraiment pour votre cible désignée ?

100 Bullets pose ce dilemme moral, d’une façon intelligente et fulgurante.

Les personnages ont atteint un point dans leur vie où ils n’ont pas d’autre choix. La noirceur et le désespoir ne leur laissent pas d’alternative.

Alors, ils agissent. Ils se servent de l’arme. La balle frappe sa victime désignée. Le sang gicle, la respiration s’arrête. La justice a triomphé.

À moins que…?

Les personnages découvrent bientôt que la trajectoire de la balle n’est pas une ligne droite, la plus courte distance entre deux points. C’est un ricochet, qui part dans toutes les directions. Des pièces de métal sont projetées vers l’arrière, frappant le tireur en même temps que la cible, d’une façon qu’il ou elle ne pouvait pas imaginer.

Mettre fin à la vie d’un autre être humain a un prix, dont les lois de l’homme ne peuvent nous affranchir.

La balle transporte l’âme de la personne qui tire.

Les personnages de 100 Bullets apprennent cette vérité tragique tandis qu’ils sont entrainés dans un jeu complexe et tortueux… un jeu pour lequel il ne peut pas y avoir de vainqueur. Même ceux qui “réussissent” ont perdu une grande partie d’eux-mêmes. Comme une balle creuse, le remords transperce la peau du tireur, puis éclate en un million de morceaux, détruisant tous les organes accessibles, en particulier le coeur humain.

Justice doit être rendue, nous dit 100 Bullets, mais attention : il ne faut jamais, jamais confondre justice et vengeance, et il faut être prêt à découvrir un nouveau visage dans le miroir quand on se rase le lendemain matin.

Tom Fontana26 avril 2007

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