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L’horreur prend une place de plus en plus importante depuis ces dernières années, que cela soit au niveau du scénario, ou du dessin. Nous avons demandé à plusieurs artistes ce qu’ils pensent d’une manière générale de l’horreur et de son traitement dans les comics. Voici les réponses de Scott Snyder, Joshua Hale Fialkov, Dan Abnett et Andy Lanning, tous empreints à la culture de l’horreur. Paul Cornell est connu pour la Dark Fantasy, mais aussi de la peur et du surnaturel. Brian Azzarello, JH Williams III et W. Haden Blackman ont tous traité à un moment donné l’épouvante dans leurs épopées.

Vous pouvez retrouvez tout le fil de la discussion en anglais sur Twitter par le biais du Hashtag #thenehorror.

 

american vampire

Depuis quelques années notre culture est envahie par des créatures de la nuit et des morts-vivants. Pourquoi, d’après-vous, le genre de l’Horreur, est-il actuellement si populaire?

– Joshua Hale Fialkov (I Vampire): L’Horreur a toujours fait partie de notre culture. Elle reflète l’incertitude et la peur de tout ce qui nous entoure. Aujourd’hui, je pense que le sexe et le consumérisme participe par exemple à la fascination pour les vampires et les morts-vivants.

– Brian Azzarello (Wonder Woman): Dans les temps post-modernes, nous aimons être distraits par ce qui nous effraye!

– Dan Abnett (Resurrection Man): Il y a un brin de romance toujours inhérent à une certaine noirceur dans l’ horreur qui fait souvent défaut, disons, à la science-fiction. La science-fiction traite généralement du merveilleux mais d’une manière assez impersonnelle, tandis que l’horreur est presque toujours d’ordre personnelle puisqu’elle nous touche par la peur. Il peut s’agir d’un sentiment de perte, d’émotion ou de mélancolie. De plus, si nous prouvons demain au monde que le surnaturel existe, personne ne serait surpris. Son attrait réside justement du coté obscur de la peur et de l’horreur, attrait constamment présent chez n’importe qui .

– W. Haden Blackman (Batwoman): Je ne pense pas que l’horreur n’ai jamais cessé d’être populaire. Chaque décennie possède son propre style et sa propre définition de l’Horreur. Chaque période a par exemple ses propres best-sellers. Aujourd’hui, je pense que l’horreur nous permet de nous tester dans un environnement «sûr» – nous savons que nous ne rencontrerons jamais un fantôme ou un extraterrestre, mais nous nous convainquons que nous pouvons braver toute fiction que nous nous créons : nous imaginons afin de pouvoir répondre aux questions posées par la réalité qui nous entoure.

– J.H. Williams III (Batwoman): L’Horreur n’a jamais a toujours été plus ou moins populaire, même si son intégration dans les moeurs passe davantage durant des temps de crise culturelle ou sociétale. C’est une forme puissante d’évasion qui permet de vivre quelque chose au-delà des troubles de sa propre vie. L’Horreur peut, inconsciemment, donner la perspective d’une vie vécue, en donnant forme à des émotions réelles. Grâce à ce genre, nous nous permettons de manifester ce qui est profondément ancré dans notre subconscient.

– Paul Cornell (Demon Knight): Parce que nous vivons dans des temps troubles et craintifs. En réalité, l’être humain, a toujours vécu dans des périodes de troubles. Si vous êtes heureux, il n’y a alors plus de crainte, donc plus d’horreur, donc plus de style. Néanmoins, dans le champs de la prose contemporaine, seul Stephen King parvient à maintenir le genre en vie. C’est parce que nous vivons dans des temps troublés et craintifs.

– Andy Lanning (Resurrection Man): L’Horreur semble toujours être plus populaire quand les temps sont sombres. Il est toujours rassurant de voir un défilé de monstres et de gens qui font des choses terribles sur chaque case ou page d’un livre, vous constaterez toujours le retour d’une certaine relativité autour de vous.

– Scott Snyder (Swamp Thing, Batman, American Vampire): Je pense que l’horreur est toujours populaire, les gens ne la remarque que dans une durant et lors de certaines périodes.

animal man

Pourquoi aimons-nous avoir peur?

– J.H. Williams III: Je pense que c’est une chose très primitive. Pour être effrayé ou surpris cela demande au corps de libérer certaines sécrétions, comme il en est le cas pour une drogue. En ayant peur, on a par conséquent des frissons. Ce qui est intéressant lorsque l’on parle de la recherche de la peur, c’est en fait, de considérer des concepts horribles voire abscons et faire marcher notre imagination, qui, elle même va faire réagir notre organisme en lui faisant secréter des substances chimiques.

– Brian Azzarello: La peur de la mort nous fait nous sentir vivant.

– Andy Lanning: La peur est comme un manège à sensation qui est totalement sûr, on sait qu’il n’y a aucune conséquence par la suite. C’est une forme d’excitation.

– W. Haden Blackman: Pour moi personnellement, elle fournit une sensation semblable à celle procurée par le parachutisme ou la conduite mais excessivement rapide.

– Paul Cornell: Nous aimons avoir peur: le plaisir de la peur c’est le soulagement.

– Scott Snyder: Quant à savoir pourquoi, je pense que les choses effrayantes sont une façon pour nous de faire face à nos peurs du monde réel, d’une manière plus ou moins gérable. Les films d’horreur nous présentent des héros face à leurs pires craintes, ce qui se manifeste comme des monstres ou des tueurs en série. En leur faisant face, cela nous permet de nous sentir plus en sécurité (au moins pour les quelques heures à regarder le film ou à lire le livre effrayant).

– Joshua Hale Fialkov: Parce que cela rend les douleurs de la vie réelle beaucoup moins bouleversantes. Nous en avons besoin.

– Dan Abnett: C’est toute une sensation. ICela nous permet de faire ressurgir certains instincts primals que nous ne sentons pas autant dans la vie « réelle ».

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Si les monstres deviennent omniprésents, où est la peur, où est l’effrayant?

– Brian Azzarello: Les monstres ou autres créatures resteront toujours passionnantes.

– Joshua Hale Fialkov: Les monstres ne constituent jamais la vraie partie effrayante, ce sont les conséquences qui effrayent, tant et aussi longtemps que les enjeux sont considérés comme réels, l’horreur sera toujours là.

– J.H. Williams III: Les monstres d’une certaine façon représentent des distorsions ou des idéaux de l’humanité grotesque. Ils symbolisent des pensées intérieures ou des idées auxquelles nous pouvons tous réfléchir, mais rarement dire voix haute. C’est pourquoi ils resteront toujours effrayants, parce que nous pouvons voir nos côtés sombres en eux, nous nous transposons en tant que monstre.

– Andy Lanning: Il y aura toujours un nouvel épouvantail, même si le monde était plein de monstres, il y aurait toujours quelque chose pour effrayer les gens. Probablement Tickle Me Elmo.

-Paul Cornell: Les monstres sont devenus communs? Si c’est le cas, je ne suis plus un monstre, alors.

– W. Haden Blackman: En le terme « Monstre », je ne vois qu’une partie du paysage de l’horreur. Il est, pour moi, clair que même les monstres peuvent encore être effrayants – surtout quand ils sont réinventés. Nous avons des craintes primales par rapport à ce que ces monstres représentent – peur de la mort, peur des étrangers, la peur de vieillir, peur de la maladie – et aussi longtemps que ces craintes seront ancrées dans notre cerveau, les monstres qui incarnent ces craintes demeureront effrayants .

– Scott Snyder: Les monstres sont omniprésents mais cela ne les empêchent pas d’être durablement effrayant.

– Dan Abnett: Je pense que l’horreur est et restera toujours effrayant, et je pense qu’il ne faut pas confondre horreur et horrible. La frayeur la plus parfaite ne correspond pas spécialement à du sang et du gore évident.

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Vampire ou Zombie? Quelle est votre créature préférée?

– Scott Snyder: J’écris American Vampire…il me semble que tout est dit.

– Andy Lanning: Zombie ou Vampires… J’aime les deux!

– J.H. Williams III: J’ai déjà un jugement très aiguisé. Aussi vil que les vampires peuvent être dépeints, je dois avouer ma préférence pour les zombies. Le zombie se résume au manque de rationalité pour moi. Les motivations du vampire peuvent être expliquées par des raisons compréhensibles, sur lesquelles nous serions susceptibles de les craindre. C’est une chaîne alimentaire dans laquelle l’homme serait tout en bas. Les deux créatures sont à un niveau supérieur par rapport à nous. Ils ont des émotions et des besoins idem à nous. C’est là où les zombies représentent un concept complètement fou. Ils n’ont pas de pensée rationnelle, ils sont insensibles et ne semblent pas avoir la moindre intelligence. Ils représentent une perte totale de toutes les idées « humaines ». Un zombie c’est l’anéantissement complet : c’est le grotesque. On ne peut pas les expliquer correctement, leur motivation est complètement étrangère. Dés lors ils deviennent totalement imprévisibles, car inconnus, ce qui constitue un personnage puissant pour créer une panique et une peur totale.

– Paul Cornell: Vampires. Je m’ennuie avec les zombies. Et comme Jane Austen a dit une fois, qui ne pourrait jamais être lassé des vampires?

– Dan Abnett: Uhm, qui va me sauver si je répond vampire ou zombie et que l’autre créature arrive?

– W. Haden Blackman: Ça dépend … Sommes-nous là pour parler de la tragédie, celle du vampire incompris qui veut juste être bon, de la mélancolie, du cercle vicieux vampirique, ou de la volonté meurtrière de tuer de manière sanguinolente? Le zombie traînant, le vorace mangeur de chair vorace; ou le super-fort, un zombie invulnérable? Pour moi, l’une des choses les plus cool à propos de ces archétypes est qu’ils peuvent être constamment réinventés.

– Joshua Hale Fialkov: En tant que natif Pittsburgher (mieux connu comme le pays de George Romero), mon instinct me dit zombies, mais, considérant le monde dans lequel nous vivons, et combien je suis amusé d’avoir écrit I Vampire, je vais dire vampire.

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