Robert Kirkman (The Walking Dead & Invincible) et Dan Mora s’emparent de l’univers de Transformers ! Retour sur cette nouvelle ère de l’Energon Universe.

Nom d’un petit bonhomme ! Ça y est, j’écris TRANSFORMERS. Moi-même, je trouve ça incroyable, je ne m’en remets pas. À cette occasion, je vais donc résumer ici ce que j’ai déjà pu raconter ailleurs à ce sujet – désolé si vous avez l’impression d’une redite. Comme je suis né fin 1978, soit cinq ans avant leur lancement, les Transformers ont pour moi toujours fait partie du paysage, et j’en ai toujours été un fan absolu. Je me rappelle encore cette fois où, à la maternelle, un gosse avait arraché la jambe de mon Bumblebee (un de mes chouchous, RIP), qui pendouillait lamentablement, malgré mes tentatives de rafistolage. Inoubliable tristesse. À l’époque, cette figurine ne se différenciait de Cliffjumper que par sa couleur jaune, car les deux étaient produites à partir du même moule, mais je rêvais d’en avoir une qui aurait réellement pu se changer en Coccinelle Volkswagen.

À la sortie de La Guerre des robots (le film de 1986), j’avais huit ans. Quand je l’ai vu au cinéma, la mort d’Optimus Prime m’a absolument anéanti, sans exagérer. Mon père évoque encore parfois les torrents de larmes que j’avais versés alors. Ça m’avait fendu le cœur, et j’en avais savouré chaque minute avec bonheur. Ce deuil soudain et l’angoisse permanente d’ignorer quel personnage allait survivre ont changé ma vie. C’est ce que je cherche à retrouver dans tout divertissement, et ce que j’essaie de recréer dans mon propre travail.

Toutes ces morts dans The Walking Dead ou Invincible, cette manière que j’ai d’écrire sans rien révéler de mon jeu, pour réserver au lectorat des surprises potentielles à chaque nouvelle page… Tout ça remonte à cette expérience transformatrice dans un cinéma du Kentucky au mitan des années 1980.

Mais 1986 n’a pas marqué la fin de mon amour pour Transformers, bien au contraire. Au fil du temps, j’ai bien dû acheter toutes les figurines de chaque époque. J’ai vu la plupart des dessins animés, dont l’intégralité de Transformers: Animated quand mon fils était jeune. C’était un plaisir d’acheter tous ces jouets… pour lui, et de retourner en enfance par la même occasion. J’adore cette série, et c’est d’ailleurs grâce à elle que Bulkhead fait son apparition dans ce tome.

En 2000, mon pote Val STAPLES était candidat à l’acquisition de la licence Transformers en comics (il obtiendrait un peu plus tard celle des Maîtres de l’Univers), qui a finalement échu à Dreamwave. J’ai vu le contrat lui échapper avec une déception immense, puisque s’il l’avait décroché, il était prévu que j’écrive la série. J’avais même déjà complété un premier scénario préparatoire, bien qu’avec le recul, il ne soit pas terrible…

Quand Skybound a récupéré les droits il y a bientôt quatre ans, j’avais décidé de créer avec Lorenzo DE FELICI VOID RIVALS, titre voué à rejoindre ce qui allait devenir l’Energon Universe. Une belle manière d’épancher ma constante soif de Transformers tout en assouvissant ma passion pour l’inédit et les idées neuves. Et puis, l’un dans l’autre, je préférais lire une série de qualité, en tant que simple fan, plutôt que d’en écrire une moi-même. Ça représente moins de boulot ! Mais alors qu’on jetait les fondations de l’Energon Universe, je ne pouvais m’empêcher de me projeter dans TRANSFORMERS. Il ne s’agissait cependant que de choses assez vagues, genre : “Ce serait cool d’introduire XXX comme ça”, “On pourrait adapter tel ou tel arc de la série télé”, ou encore “Pour changer un peu les habitudes, on devrait sérieusement retarder l’arrivée de Megatron”. Tant et si bien que j’ai un temps envisagé de coécrire la série, même si ça n’a pas abouti. On retrouve malgré tout certaines de mes idées dans les premiers chapitres.

Tenez, voilà les notes que j’avais formulées sur mon téléphone :

Idées pour Transformers

Page 1, case 1 : autobots ; case 2 : decepticons ; case 3 : une planète à court de ressources ; case 4 : un plan désespéré pour la sauver.

Page 2 : l’arche s’écrase sur Terre, une volute de fumée dans son sillage. “Vous pensez connaître cette histoire ? Détrompez-vous.”

Page 3 : Skyfire les trouve.

Skyfire arrive sur Terre. Il reconnaît Starscream, le réveille. La base commence à réveiller les autres. Ils se battent. Le vaisseau est endommagé.

Certains TFs sont reconstruits, d’autres restent endommagés. Ratchet reconstruit, sa passion. Il reste des decepticons sur place. Abandonnés là.

Starscream chef des decepticons. Megatron tombé du vaisseau. Perdu dans la glace.

Premier arc, Optimus perd un bras. Ratchet lui greffe celui d’un autre TF en attendant.

Mise en place d’un grand arc avec première énorme bataille entre A et D. La ville est ANÉANTIE dans

Et je n’en révèle pas plus pour éviter de vous spoiler la suite de la série !

Mois après mois, j’attendais avec impatience de découvrir les nouveaux chapitres que Daniel Warren JOHNSON avait concoctés avec Jorge CORONA, Jason HOWARD et Ludo LULLABI. Il a signé plusieurs de mes récits préférés dans l’univers Transformers, et j’ai passé une bonne année à tenter de le convaincre de ne pas raccrocher les gants, tout comme Ben et Sean. Je ne voulais pas que ce run fantastique s’achève. Mais Daniel avait annoncé d’emblée qu’il n’irait pas au-delà des vingt-quatre chapitres de l’histoire qu’il tenait à raconter, et je n’ai que le plus profond respect pour quiconque possède la force de s’en tenir à ce point à ses plans. Surtout que je suis plutôt du genre bigorneau qui reste accroché à son titre jusqu’à ce qu’on l’en arrache contre son gré. Ne comptez pas sur moi pour vous dire combien de chapitres de VOID RIVALS j’avais initialement prévu d’écrire !

Bien que j’aie toujours adoré Transformers, la réalité est que… j’ai la tête sous l’eau. Je suis coshowrunner à plein temps de la série animée Invincible (la saison 4 arrive bientôt !), scénariste de VOID RIVALS, Invincible Universe: Battle Beast et Skinbreaker, que je viens de lancer avec David FINCH. Pas mal occupé, donc… mais… j’en rêve depuis si longtemps.

Et pourtant, j’hésitais malgré tout. Jusqu’à ce que Ben ABERNATHY prononce un nom :

Dan MORA.

Je suis fan de lui, de l’élégance et du dynamisme de son style, depuis le début de sa carrière. Aujourd’hui, c’est le dessinateur de référence chez DC : il fait des tonnes de couvertures et même plu- sieurs séries mensuelles pour eux. Son œuvre, déjà phénoménale, croît de façon exponentielle d’année en année. Et ça fait une éternité que j’essaie de travailler avec lui, sans que nos disponibilités ne coïncident. Jusqu’à maintenant ! Comment résister à l’opportunité d’ouvrir mon run avec Dan MORA aux crayons ?

Du coup, me voilà engagé. Aux côtés d’un dessinateur exceptionnel (ainsi que des champions Mike SPICER et Rus WOOTON, qui restent en poste), et bien déterminé à me démener pour faire honneur à tout ce que Daniel a bâti avant mon arrivée ! Je compte faire de ce premier chapitre une transition fluide entre nos arcs, car le mien poursuivra de nombreuses intrigues qui ont été mises en place dans le sien. J’espère surtout que ma contribution à l’édifice Transformers aurait fait la fierté du gamin que j’étais jadis… et peut-être qu’en cours de route, il y aura des morts si choquantes qu’elles lui au- raient arraché quelques larmes.

Peut-être !

– Robert KIRKMAN

Pétaouchnok, Californie

2025

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