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L’album que vous tenez entre les mains a pour particularité de fêter les retrouvailles d’un personnage charismatique et de son auteur de prédilection. Si John Constantine est apparu sous la plume d’Alan MOORE, dans les pages de Saga of the Swamp Thing #37, en 1985, il faudra attendre 1987, et la sortie du premier numéro du mensuel Hellblazer pour que le scénariste anglais, Jamie DELANO ne s’empare des destinées du mage prolétaire de Liverpool.

Jusqu’alors, Constantine n’était qu’un personnage secondaire, évoluant dans la série de la Créature des Marais, auréolé d’un nuage de mystère aussi épais que la fumée de ses cigarettes, marque de fabrique de l’anti-héros au trench-coat. DELANO va donc se charger d’étoffer sa personnalité et d’ausculter les zones d’ombre de sa jeunesse. Sous sa plume, la nature même d’Hellblazer prend forme : une série d’horreur où la politique, le sexe et l’humour noir forment un ménage à trois cinglant, dans lequel Constantine occupe à la fois les places de maître de cérémonie et de victime de cet étrange trio.

En effet, à la même époque, le Royaume-Uni vit sous le régime ultralibéral instauré par Margaret THATCHER, et Hellblazer tendra un reflet déformant de cette période survoltée : les démons de l’Enfer investissent la City, des tueurs en série se cachent derrière les haies proprettes des suburbs, et les services secrets de sa majesté kidnappent des médiums en vue d’instaurer un nouvel ordre… Mais DELANO ne se limite pas aux événements qui secouent son pays : preuve en est de la mini-série The Horrorist, dessinée par David LLOYD, allégorie sur la famine et les guerres intestines qui ravagent l’Afrique Noire.

Enfin, le scénariste offre une place de choix, dans ses épisodes, à l’arbre généalogique de John. Le lecteur lui découvre une sœur et une nièce, tyrannisées par un mari embrigadé dans une secte. Il relie également les Constantine au légendaire Constentin de Domnonée, conseillé par Merlin, et converti sur le tard au Christianisme. Quant à la jeunesse de John, elle oscille entre son groupe de punk, Mucous Membrane, que Jaime DELANO et Dean MOTTER gratifient même d’un « clip » dans Hellblazer Annual #1 (1989), et une séance d’exorcisme traumatisante, à Newcastle, titre d’un épisode (#11, nov. 1988) fatidique qui hantera à jamais notre héros. Mais l’apport le plus notable, restera le frère jumeau de John, étranglé par ce dernier dans le ventre de leur mère, et dont DELANO évoque la vie possible dans une réalité parallèle lors de son dernier épisode (#40, avril 1991), et ce, juste avant de céder sa place à Garth ENNIS.

Le passage de Jaime DELANO est ainsi marqué par les tentatives illusoires de John de trouver une place dans un monde dans lequel il ne peut que survivre. Balloté par une société toujours plus inhumaine, il ne trouve que quelques instants de répit au sein d’une communauté néorurale où il se lie à Marjorie et à sa fille, Mercury. Et ce besoin maladif de contact nourrit également ce Pandemonium, qui voit John Constantine partir au cœur de l’Irak en guerre, pour les beaux yeux d’une autochtone. Jaime DELANO y est rejoint par JOCK, talentueux artiste britannique, dont nous publions également le numéro 181 (avril 2003), écrit par Mike CAREY, épisode auto-conclusif, tiré de son run.

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