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Les enfants posent toujours les meilleures questions. Et quand ils commencent à s’intéresser aux super-héros, ils se tournent vers leur papa et posent l’embarrassante question suivante : « Dis, papa, pourquoi les super-héros, ils mettent leur slip par-dessus leur pantalon ? » Souvent, le papa, qui lit des comic books depuis des décennies, ne sait pas quelle explication donner. Et pourtant la réponse est évidente. Les super-héros sont les héritiers des trapézistes, des hercules de foire et des cracheurs de feu des fêtes foraines.

On dit bien souvent que les comic books, et donc les super-héros qui y sont nés, sont les héritiers des pulps,ces magazines imprimés sur papier bon marché qui ont connu leur heure de gloire entre les années 1910 et 1940. C’est exact,des personnages comme Zorro, Tarzan,Doc Savage ou le Shadow, tous issus des pulps, sont les ancêtres évidents des justiciers costumés. Cependant, ce n’est pas la seule source d’influence.

Le monde de la fête

Au début du xxe siècle, l’une des formes de divertissement populaire les plus en vogue est la fête foraine, qui attire un public pauvre mais consommateur de distractions, notamment dans les années 1930, période de crise s’il en est. S’y produisent des magiciens, des acrobates, des colosses briseurs de chaînes ou des cracheurs de feu. Ces artistes de scènes portent des costumes colorés et exotiques, et font preuve de capacités surhumaines. Les lutteurs, par exemple, affichent leur musculature exceptionnelle moulée dans des justaucorps serrés, pardessus lesquels ils ont revêtu un short. Boxeurs et catcheurs adoptent une telle tenue, et c’est avec cet accoutrement que les spectacles forains deviennent célèbres.

Fascination pour les exploits surhumains, le succès des foires vient aussi de la passion pour la culture physique qui se développe durant les mêmes décennies. L’éditeur Bernarr MACFADDEN, qui publie des magazines au début du xxe siècle, est le promoteur d’une méthode de culturisme qui fait de lui le précurseur de Charles ATLAS. Célèbre culturiste, Atlas vantait les mérites d’une méthode de développement du corps. Il est la source d’inspiration de Grant MORRISON pour son personnage de Flex Mentallo.

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Les super-héros, parfois, font leur premier pas au cirque, comme Nightwing. Retrouvez Nightwing,dans le premier tome Pièges et Trapèzes.

La fête foraine, le ring ou la scène de cabaret, avec ses tentures et ses coulisses, constituent l’une des influences majeures des super-héros, qui leur empruntent tout l’aspect visuel. De nombreux superhéros, parmi les premières générations de justiciers nés dans les années 1940, viennent du milieu du spectacle.

Le cirque, le ring et la scène

L’un des exemples les plus frappants est Zatara. Ce magicien à chapeau haut-deforme apparaît dans Action Comics #1, en juin 1938, ce qui fait de lui un personnage aussi vieux que Superman. Il est influencé bien entendu par Mandrake, personnage de comic strips, mais également par tous les prestidigitateurs de cabaret qui font fureur à l’époque.

De la même manière, le monde de la boxe est une source d’inspiration pour les scénaristes. Wildcat, le super-héros créé par Bill FINGER et Irwin HASEN dans Sensation Comics #1 (janvier 1942) est en réalité le champion de boxe poids lourd Ted Grant.

La foire fait partie du contexte qui a vu naître les super-héros. Par exemple, le Fantom of the Fair (ou « Fantôme de la Foire ») apparaît dans Amazing Mystery

Funnies vol.2 #7 de juillet 1939. Créé par Paul GUSTAVSON, ses premières aventures se déroulent durant la Foire Internationale de New York, qui a eu lieu en 1939-1940. C’est d’ailleurs dans cette même foire que Superman fait sa première apparition en dehors des pages de bandes dessinées. L’acteur Ray MIDDLETON prête son allure sportive au héros venu de Krypton et défile sur un char au milieu de la foule le 3 juillet 1940.

Dans l’assistance, de nombreux enfants, des « super-boys » et des « supergirls », portent un t-shirt blanc orné d’un « S » rouge et acclament le héros, digne héritier des cracheurs de feu et des fortsdes- halles d’antan.

Les jeux du cirque

Dick Grayson, alias Nightwing, a grandi dans un cirque. Fils d’un couple de trapézistes, il a appris l’acrobatie bien avant d’accompagner Batman dans le costume de Robin. Créé par Bill FINGER, Bob KANE et Jerry ROBINSON, il apparaît dans Detective Comics #38, d’avril 1940. Sur la couverture, tel un fauve, il bondit à travers un cerceau de papier.

L’enfance de Dick et son amour du cirque est un réservoir d’intrigues inépuisable. Le scénariste Kyle HIGGINS s’en souvient, puisqu’il consacre une grande partie des épisodes de la série Nightwing à mettre en scène le monde du cirque, milieu social de la persévérance et de la réalisation de soi.

Un autre super-trapéziste tient une place de choix dans l’univers DC, il s’agit de Deadman. Créé par Arnold DRAKE et Carmine INFANTINO dans Strange Adventures #205 d’octobre 1967), Boston Brand est un artiste de la voltige abattu par un tueur à gages. Devenu un fantôme capable de posséder le corps des vivants, Boston n’en reste pas moins un acrobate, comme en témoignent ses cabrioles dans les pages de la série JusticeLeague Dark (à lire tous les mois dans DC Saga). En 2005, dans Nightwing #102, le scénariste Chuck DIXON explique que Boston Brand a choisi son costume de scène en hommage aux Flying Graysons, les parents de Dick.

Un troisième personnage renvoie aux magies de l’arène du cirque. Mister Miracle fait son apparition en avril 1971 sous la plume de Jack KIRBY. Ce dernier n’est pas à son coup d’essai, puisqu’il a déjà créé le Stuntman avec son complice Joe SIMON, chez Harvey Comics en 1946, en s’inspirant des cascadeurs de cinéma. Pour Mister Miracle, il tire son inspiration des artistes de l’évasion, qui s’extirpent de chaînes, de nœuds et de cages réputés inexpugnables. Derrière Mister Miracle, c’est la figure de Harry HOUDINI, maître de l’évasion et organisateur de grands spectacles, qui apparaît.

Alors, héros modernes ou artistes de foire d’aujourd’hui ? Les super-héros viennent de l’univers de la fête foraine et du cirque, et partagent avec les avaleurs de sabres et les briseurs de chaînes un même héritage. Leurs costumes colorés, qui attirent les regards et fascinent, sont les mêmes que ceux que portent les trapézistes ou les dompteurs. Car, après tout, comme les gens du cirque, le plus grand pouvoir des superhéros est bien celui de faire rêver.

 

 

 

 

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