« Tout a commencé avec Green Arrow #21 et tout s’est terminé par une bouteille de champagne. » Dan Jurgens revient sur son run emblématique : Zero Hour ! Découvrez l’album qui a menacé la chronologie DC Comics en 1994 en librairie !
Si je n’avais pas dessiné cet épisode de GREEN ARROW, les graines de ZERO HOUR: CRISIS IN TIME n’auraient jamais été plantées. Et cette bouteille de champagne n’aurait jamais été offerte. Il s’agit des premier et dernier dominos qui ont conduit à l’album que vous tenez actuellement entre les mains.

De quoi parle ce numéro de GREEN ARROW, me demanderez vous ? Comment a-t-il pu être à l’origine de ce projet ? C’est bien simple : dans ce numéro, Oliver Queen y célébrait ses 45 ans.
Alors que je dessinais cette scène, brillamment écrite par mon ami Mike GRELL, il me vint une question à l’esprit. Si Ollie avait 45 ans, qu’en était-il du reste des autres héros de l’Univers DC ? Quel âge pouvaient-ils avoir ?
À cette époque, je n’avais pas l’intention de pousser l’idée plus loin. Les délais étaient serrés et je devais cesser de rêvasser afin de m’atteler à la page suivante. Mais c’était la première fois que je me posais cette question. Une interrogation qui me revint à l’esprit des années plus tard.
Nous voici à présent en 1993. Oliver avait célébré un ou deux anniversaires supplémentaires, ce qui me poussa à scruter plus attentivement l’ensemble des personnages DC. La plupart continuaient de vieillir sous mes yeux. Les membres de la célèbre Société de Justice d’Amérique par exemple devaient avoir 70 ou 80 ans à présent s’ils avaient combattu durant la Seconde Guerre mondiale. Et des tempes grisonnantes apparurent chez Hal Jordan afin que lui et Green Arrow aient sensiblement le même âge.
Soudain, les personnages de l’Âge d’Argent de DC rencontrèrent les mêmes problèmes que ceux de l’Âge d’Or avant eux. Et nombre de justiciers adolescents ne l’étaient plus du tout. Dick Grayson (Nightwing), Wally West (Flash) et d’autres étaient maintenant dans la vingtaine.
Tous les héros ne semblaient pas plus âgés, mais ils le devenaient par la force des choses. Si Green Arrow avait désormais 48 ans, qu’en était-il de Superman ? Lois et lui avaient-ils aussi passé la quarantaine ? Et Batman ?
De plus, de nombreuses anomalies de continuité apparaissaient dans plusieurs séries DC. Bien entendu, je n’ai jamais considéré que nous devions être enchaînés à ce que dictait cette continuité, mais elle ne devait pas non plus devenir contradictoire.

L’histoire d’Hawkman était devenue tout bonnement impossible à comprendre, tandis que la Légion des Super-Héros avait désormais un passé tout aussi confus. L’un dans l’autre, les fissures dans la bâtisse étaient de plus
en plus apparentes. Et une fois qu’on commençait à tirer sur un fil, on risquait de défaire toute la tapisserie.
Ce que finalement, j’ai proposé de faire.
J’ai commencé par expliquer tout ceci à l’Executive Editor de DC, Mike CARLIN. Selon moi, nous avions avant tout un problème de temporalité. Puisque le temps ne s’écoulait pas de la même façon suivant les séries, pourquoi ne pas saisir ce problème à bras le corps et le résoudre grâce au temps lui-même?
De plus, cette idée d’utiliser le flux temporel pourrait aboutir à une histoire. Car un projet conçu pour réparer ce type de souci pourrait rapidement devenir un manuel technique et non un récit, et on voulait à tout prix l’éviter.
Or, il s’avéra que l’Editor KC CARLSON s’interrogeait au sujet des mêmes problèmes. Mike nous a donc réunis et nous nous sommes mis à réfléchir à ce projet. En un rien de temps, un concept plutôt vague et une série d’idées et de notes lancées à la hâte aboutirent à une histoire viable. Durant ces premiers mois, on avait baptisé ce récit « Crise Temporelle », mais nous cherchions quelque chose de plus fort. Et au fur et à mesure de nos discussions, nous en sommes venus à décider de publier la série sur un temps très court, contrairement à CRISIS ON INFINITE EARTHS qui s’est déroulée sur un an.

Nous ne tenions pas à chambouler trop longtemps la temporalité de l’univers DC. Nous voulions également que le projet serve de plateforme pour l’intégralité des titres DC mais nous ne tenions pas encore la bonne formule. En explorant le concept, détricoter l’histoire de DC pour mieux la reconstruire, l’idée a jailli de fournir à toutes les séries DC un numéro 0. Ainsi, on venait de trouver le titre de ce crossover : ZERO HOUR: CRISIS IN TIME. Après tout, pour un projet de cette ampleur, il fallait garder le mot « Crisis » dans le titre.
Arrivé à l’hiver 1994, nous nous mimes au travail. Comme tout bon auteur qui se respecte, c’est à ce stade que je me suis mis à soupirer et à me demander dans quoi j’avais mis les pieds. Afin de publier ZERO HOUR dans un temps limité, nous avions décidé que la mini-série ferait cinq numéros qui paraîtraient du 4 au 0 sous la forme d’un compte-à-rebours et selon un rythme hebdomadaire. Un projet de cet ordre, avec tant de facteurs à prendre en compte, est déjà suffisamment compliqué sans qu’en plus on y ajoute une contrainte de délai, donc je suis certain de ne pas avoir été présent dans la pièce quand cette décision a été prise.
Je devais donc écrire ET dessiner ZERO HOUR tout en continuant à écrire ET dessiner SUPERMAN, qui aurait bien entendu participé à cet événement. Néanmoins, j’ai tenu bon et accepté le défi.
Il y eut une réunion entre toute l’équipe édito et les auteurs des différents titres. On les informa que s’ils connaissaient dans leurs séries des problèmes de cet ordre, c’était le moment de les aborder. La porte était ouverte et c’était une occasion unique. Tout le monde aurait droit à un numéro zéro où ils pourraient modifier leur titre comme ils l’entendaient.

Après des mois de préparation, je commençais à écrire et dessiner la mini-série. Comme nous n’étions pas encore à l’ère digitale, une quantité importante de papier fit l’aller-retour dans mon studio.
Mon problème n’était pas tant d’écrire et dessiner ZERO HOUR, mais de trouver la place pour le reste des scénarios qu’on m’envoyait. J’avais organisé mon studio comme une horloge avec des marques pour tous les titres qui m’entouraient : d’AQUAMAN jusqu’à VALOR et WONDER WOMAN.
Les fichiers aujourd’hui sont plus efficaces, mais à l’époque je savais au moins où chercher si j’avais la moindre question. Mais lorsque j’arrivais enfin à terminer le premier numéro de ZERO HOUR, le sol de mon studio était désormais dissimulé sous une tonne de papier. Des pages et des pages empilées qui ne me laissaient qu’un maigre passage entre ma table à dessin et la porte d’entrée.
Tous ceux qui ont un jour travaillé sur un crossover vous le diront : tout est affaire de problème à résoudre et ces problèmes peuvent surgir de la manière la plus inattendue. J’ai souvent plaisanté (à moitié) en disant que ZERO HOUR était le projet qui avait failli me briser. Et si nous n’avions pas rassemblé la meilleure des équipes, ç’aurait été le cas. KC CARLSON a fait de son mieux pour que je garde le rythme et interceptait toutes les requêtes les plus inopportunes.
Je pense même qu’il a demandé à mes voisins de faire moins de bruit afin de ne pas me déranger. (Je plaisante) (Je crois). Jerry ORDWAY est un maître absolu en ce qui concerne le dessin et l’encrage. Non seulement il n’avait aucun problème à embellir la série mais si je venais à lui demander : « Hé, tu sais cette case où l’on voit le Rayon sur la page 12 ? Tu crois que tu pourrais changer pour Damage à la place ? » Eh bien, il s’acquittait de la tâche sans problème. J’ai travaillé de nombreuses fois avec Gregory WRIGHT et ses couleurs sont magnifiques. S’occuper de tous les personnages qui apparaissent dans un projet comme ZERO HOUR, peut devenir un enfer pour tout coloriste, mais Greg a assuré comme d’habitude.
Zero Hour tome 1 (1994)
Devenu Extant, Hank Hall possède désormais le pouvoir de modifier à l’envi les événements passés. En agissant sur la ligne temporelle, il provoque des anomalies qui bouleversent l’existence des super-héros aux quatre coins de l’univers. Ainsi, Barbara Gordon redevient Batgirl, les parents de Bruce Wayne sont à nouveau vivants et Superman croise de multiples versions du Chevalier Noir. De son côté, Flash tente au péril de sa vie d’enrayer la progression de cette nouvelle Crise Temporelle.

