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Le célèbre auteur américain Thomas WOLFE a un jour écrit : « On ne peut jamais réellement revenir chez soi. » Eh bien je vais vous dire un petit secret. Monsieur WOLFE se plante dans les grandes largeurs.

Dans « The Death of the Hired Man », le poète Robert FROST a écrit : « Chez soi, c’est cet endroit vers lequel les autres vous poussent pour vous y faire entrer quand vous passez devant. » Croyez-moi si je vous dis que c’est bien plus proche de la vérité. Mais autant que je m’explique. C’était l’automne de 1970. Je vivais à Levittown, État de New York, et j’écrivais des histoires courtes pour le toujours aimable Joe ORLANDO, qui était le responsable éditorial de titres horrifiques comme HOUSE OF MYSTERY et HOUSE OF SECRETS. J’étais dans le métro, je me rendais à ma réunion hebdomadaire avec Joe, quand je me suis aperçu que je n’avais rien à lui proposer. En bon professionnel mis au pied du mur, le temps d’arriver à son bureau, je lui avais concocté une histoire gentiment rétro, celle d’un scientifique assassiné par son meilleur ami jaloux, qui ressuscitait pour se venger en ressortant du marais dans lequel son corps avait été laissé pour y pourrir. Si ma vie dépendait d’une explication sur la façon dont m’est venue cette idée, je crois qu’il faudrait qu’on me mette directement dos au mur les yeux bandés. En tout cas, Joe a adoré, et je me suis mis au travail. Je parlais de cette histoire comme de « cette créature du marais sur laquelle je bosse en ce moment », et quand il a fallu trouver un titre, ça a donc été SWAMP THING 1.

Au cours d’une soirée, ce même mois, j’ai demandé à mon vieux copain (en train de devenir une superstar du dessin), Bernie WRIGHTSON, s’il voudrait bien dessiner cette histoire, et je fus ravi de l’entendre me répondre oui. C’était parti.

Quand THE HOUSE OF SECRETS #92 sortit en kiosque en avril 1971, ce fut la meilleure vente chez DC ce moislà. Nettement au-dessus de valeurs sûres de l’époque comme BATMAN, SUPERMAN ou WONDER WOMAN. En homme d’affaires avisé, Carmine INFANTINO, le rédacteur en chef de DC de l’époque (et accessoirement dessinateur de grand talent), nous demanda à Bernie et moi de créer une série régulière à partir de notre petite histoire. Nous étions jeunes, idiots et pas mal prétentieux, alors nous avons répondu non. Cette histoire courte avait beaucoup compté pour nous, et nous ne voulions pas la salir en lui donnant une suite commerciale. (Je sais, je sais. Je viens de vous le dire, on était jeunes et pas très malins.) Et puis, un an plus tard, j’ai compris qu’on n’avait pas besoin de faire une suite à notre histoire originale, qu’on pouvait repartir du début. Et c’est donc ce que nous avons fait, Bernie, Joe et moi. SWAMP THING #1 sortit en août 1972, et fut un succès immédiat. Durant les années qui suivirent, Bernie et moi avions un hit. Nous avons peuplé le petit monde d’Alec Holland avec de beaux personnages, comme l’ignoble savant fou Anton Arcane, sa très jolie nièce Abigail, l’agent fédéral dur à cuire Matt Cable et un assortiment de monstres baveux, horribles, grotesques et magnifiques.
Au bout de dix épisodes spectaculaires, Bernie décida de quitter la série. Je restai trois numéros de plus en tant que scénariste, travaillant avec Nestor REDONDO, un extraordinaire dessinateur philippin. Mais sans Bernie, je m’amusais beaucoup moins, et je finis par partir à mon tour. DC tenta de poursuivre l’aventure, d’abord avec David MICHELINIE, puis avec mon vieil ami et ancien coturne Gerry CONWAY. Mais le public était passé à autre chose, et au bout d’une petite douzaine de nouveaux épisodes, la série fut renvoyée dans les limbes de l’édition.

Elle aurait dû y rester, jusqu’à ce que Wes CRAVEN (le réalisateur des Griffes de la nuit, Scream, etc.) décide de faire un film avec notre personnage.

On était en 1982 et, après quelques années chez un concurrent (pour lequel j’ai créé un obscur personnage griffu et canadien, en plus d’être mutant), j’étais revenu chez DC, où j’écrivais un certain nombre de séries tout en étant responsable éditorial de plusieurs autres. Quand on me mit au courant des projets de Wes, je filai voir Jenette KAHN, la patronne de l’époque chez DC, en lui De retour aux sources, retour chez moi proposant, puisqu’il devait y avoir un film sur Swamp Thing, d’accompagner le mouvement en sortant un nouveau comic book consacré au personnage. Jenette donna son feu vert, malgré le fait que je ne souhaitais pas écrire les scénarios de cette nouvelle série. Je partis donc en chasse d’une équipe créative.

Au texte, je recrutai mon bon ami Martin PASKO (qui me renvoya l’ascenseur quelques années plus tard, en me traînant vers l’animation et en me demandant d’écrire mon premier épisode de BATMAN – LA SÉRIE ANIMÉE).
Au dessin, je recrutai un ancien élève de l’école de Joe KUBERT, le talentueux Tom YEATES. J’avais mon équipe, j’avais l’accord de la direction, et c’était parti. S’ensuivirent dix-neuf épisodes au cours desquels Marty et Tom (hormis deux épisodes écrits par Dan MISHKIN) entraînèrent la Créature dans de nouvelles aventures, avec de nouveaux compagnons comme Dennis Barclay et Liz Tremayne, de nouveaux ennemis, dont le malfaisant
général Avery Carlton Sunderland. Ce sont les efforts de ce dernier pour découvrir les secrets de Swamp Thing qui allaient conduire à une nouvelle renaissance du monstre végétal.

Quand Marty choisit de partir après l’épisode #19, il fallut que je lui trouve un remplaçant qui soit à niveau. Après avoir épuisé toutes les possibilités de mon côté de l’Atlantique (et il n’y en avait pas beaucoup, soyons clairs), je me suis tourné vers la Grande-Bretagne et vers un jeune scénariste dont j’avais suivi le travail dans des hebdomadaires anglais comme 2000 AD ou Warrior. Il me semblait être largement au-dessus du lot.

Il s’appelait Alan MOORE.

Je ne me rappelle plus comment j’ai réussi à me procurer son numéro de téléphone. Mais je l’ai appelé et je me suis présenté. Alan m’a immédiatement raccroché au nez. Il a fallu que je le rappelle et que je passe un certain temps à essayer de le convaincre que j’étais bien Len WEIN, et non un de ses copains en train de lui faire une mauvaise blague. Quand Alan finit par admettre mon identité, je lui proposai de reprendre SWAMP THING. Il me répondit qu’il y réfléchirait et qu’il me rappellerait. Quelques jours plus tard, Alan me rappela et m’expliqua quelles étaient ses idées. Il voulait savoir si, en tant que créateur et responsable éditorial du titre, j’accepterais les changements qu’il prévoyait d’apporter à mon personnage. Quand j’ai entendu ce qu’il avait à proposer, j’ai dit : « Oui. » Les pages qui suivent contiennent les premiers fruits des idées d’Alan.

Vers la même époque, Tom YEATES en était venu à beaucoup se reposer sur ses deux assistants, Steve BISSETTE et John TOTLEBEN. Quand il décida que la pression d’un titre mensuel était intenable pour lui, Steve et John vinrent frapper à ma porte avec des échantillons de leur travail, demandant à reprendre la suite. J’ai examiné ce qu’ils apportaient et leur ai donné le poste. Leur enthousiasme et la densité de leur travail devaient compléter à merveille les scripts détaillés d’Alan. Avant de vous laisser lire la suite, permettez-moi de vous signaler que le premier chapitre de ce volume, le numéro #20 de la série, est réimprimé ici pour la toute première fois depuis sa parution initiale 2. Intitulé « Au bout du rouleau », il permet de boucler toutes les intrigues laissées en suspens par Marty à son départ tout en préparant le terrain aux histoires qui allaient suivre. Son absence des précédentes rééditions de la série 3 fait qu’il reste méconnu et injustement ignoré, une situation à laquelle ce volume devrait remédier. Vous verrez qu’il méritait bien qu’on s’y attarde.

Bon, je crois que c’est tout ce que vous aviez besoin de savoir à ce stade. Quand j’ai commencé ce petit retour en arrière, je vous ai dit que WOLFE avait tort et FROST raison, et que si vous en ressentez l’impérieux besoin, vous pouviez retourner chez vous. Chose que j’ai faite en ramenant ma Créature du Marais depuis les limbes.
Ce que j’ai oublié de vous dire, c’est que c’est un endroit qui peut facilement être étrange et merveilleux. Retournez donc chez vous, installez-vous confortablement et ouvrez ce livre. Vous constaterez que votre chez-vous peut devenir le lieu de toutes les horreurs.

Len WEIN
31 octobre 2008

Vétéran du scénario et de l’édition, Len Wein est le créateur de Wolverine, de ce qu’on appelait à l’époque les nouveaux x-men, de The Human target et (avec Bernie Wrightson) de Swamp Thing. Sa carrière fut longue et prolifique, couvrant des centaines de titres, touchant quasiment tous les personnages emblématiques des comics américains. Il a aussi fait carrière dans l’animation, sur des séries comme X-MEN, SPIDERMAN, ET BATMAN.

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Alan Moore présente Swamp Thing

Jason Woodrue, un brillant scientifique, vient de découvrir une créature au coeur d’un marais de Louisiane.

Le monstre végétal éveille sa curiosité de chercheur ainsi que celle de son patron, lequel décide de se l’approprier. Mais la créature humanoïde est habitée par la mémoire d’un homme, et n’entend pas se laisser faire..

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