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Sur une Terre parallèle, il existe une version maléfique de la Ligue de Justice. Le Syndicat du Crime, depuis des décennies, traverse la barrière dimensionnelle et envahit notre Terre pour y commettre les pires méfaits, ne rencontrant guère de résistance face à leur puissance.

L’histoire du Syndicat du Crime est liée à l’évolution de l’univers DC, dont les concepts centraux ont changé au fil des ans.

Comme beaucoup de choses dès que l’on parle de DC, tout remonte à Flash #123, un numéro publié en septembre 1961 et réalisé par Gardner FOX et Carmine INFANTINO (à lire dans DC Comics Anthologie). À l’occasion de ce numéro, les auteurs et Julius SCHWARTZ, le responsable éditorial, tentent de trouver une explication au problème suivant : si Barry Allen, le Flash de l’Âge d’Argent (les années 1960), existe sur Terre, qu’est-il advenu de Jay Garrick, le Flash de l’Âge d’Or (les années 1940) ?

Terres parallèles

La réponse est simple : Jay Garrick existe encore, mais sur la Terre-2, un monde parallèle séparé de celui où Barry Allen habite, Terre-1, par une barrière vibratoire que Barry peut franchir en utilisant ses pouvoirs de vitesse.

Dès lors, pour DC Comics, il devenait possible de faire revenir les anciens héros des années 1940. Hal Jordan, le Green Lantern moderne, peut donc rencontrer son prédécesseur, Alan Scott. La méthode se répand dans l’ensemble des séries. Mais cette approche prend une autre dimension grâce à la série Justice League of America qui, justement, rassemble les plus grands héros de l’époque.

C’est ainsi que dans Justice League of America #21 et #22 (août et septembre 1963) par Gardner FOX et Mike SEKOWSKY, la Ligue de Justice de Terre-1 rencontre la Société de Justice de Terre-2. Le récit a un tel succès que l’éditeur songe à rééditer l’exploit, et réfléchit déjà à d’autres histoires pandimensionnelles, à raison d’une rencontre par an. Et puisque l’on a déjà exploré une Terre parallèle, pourquoi ne pas en découvrir d’autres ?

Et, dans Justice League of America #29 et #30 (août et octobre 1964), par Gardner FOX et Mike SEKOWSKY, la Ligue de Justice et la Société de Justice rencontrent un troisième groupe, une version négative des équipes de héros, le Syndicat du Crime d’Amérique. Nous ne vous raconterons pas les péripéties de cette entrevue, que vous pourrez découvrir dans les pages suivantes. Mais en tout cas, le Syndicat du Crime venu de Terre-3 fait une impression suffisamment forte pour s’installer durablement dans le paysage.

Du Syndicat à la Société

Ultraman, Superwoman, Owlman, Power Ring et Johnny Quick, en groupe ou en solo, font régulièrement parler d’eux dans les comic books DC.

Ultraman et ses alliés tiennent un discours face aux super-vilains
réunis, devant les ruines du satellite de la Ligue. Extrait de
Forever Evil #1 (dessin de David FINCH).

Dans les pages de Secret Society of Super Villains #13 et #14 (mars et avril 1978), par Gerry CONWAY et Mike VOSBURG, le Syndicat du Crime est libéré de sa prison par la Société Secrète des Super-Vilains, un groupe formé de méchants de l’univers DC dont Geoff JOHNS se souviendra dans la récente série Justice League of America (voir Justice League Saga #1 à 5).

En 1985-1986, l’univers DC est entièrement reconstruit à l’occasion de la série Crisis on Infinite Earths, écrite par Marv WOLFMAN et dessinée par George PÉREZ. L’intrigue voit les différentes Terres parallèles détruites par une vague d’énergie obligeant les héros des divers mondes à évacuer. WOLFMAN donne à cette occasion l’une de ses plus grandes répliques à Ultraman. Alors que la vague d’annihilation s’approche, effaçant tout sur ce passage, Ultraman s’envole. Power Ring lui demande « Attends ! Où vas-tu ? ». Ultraman se retourne, sourit tristement, et répond « Je vais faire comme toujours ! Me battre jusqu’au bout ! » Puis il est absorbé par la vague d’énergie et disparaît, comme s’il n’avait jamais existé.

 

Anti-matière

Dans l’univers redéfini après la « Crise sur des Terres infinies », il n’existe plus de Terres parallèles. Les personnages de Terre-2, Terre-X, Terre-S et d’autres vivent désormais sur un seul monde dont ils partagent l’histoire.

Le concept de Syndicat du Crime ne fonctionne plus tel quel. Grant MORRISON et Frank QUITELY proposent alors une autre approche dans le graphic novel Earth-2. Cette fois-ci, le Syndicat du Crime d’Amerik ne vient pas d’une Terre parallèle, mais d’une copie de la Terre située dans l’univers de Qward constitué d’anti-matière. Le monde de Qward est bien connu des lecteurs de Green Lantern puisque les Armuriers de Qward constituent une menace récurrente des porteurs d’anneau.

Cette version est sensiblement la même que celle de Gardner FOX, à la différence près que Superwoman entretient une relation avec Owlman afin de rendre Ultraman jaloux, et que Johnny Quick obtient ses pouvoirs à l’aide d’une substance appelée « jus de vitesse », une drogue dont il est dépendant. C’est la version que Kurt BUSIEK et Ron GARNEY utilisent dans JLA #107 à 114 (2004-2005). Fin connaisseur de l’univers DC, BUSIEK utilise également certaines idées proposées par FOX, à savoir notamment que chaque équipe est plus puissante sur son propre monde.

Justice League L’autre Terre de Grant Morrison et Frank Quitely est disponible en librairie !

Le retour du multivers

L’histoire du Syndicat étant liée à celle de l’univers DC, quand ce dernier change de nature, le Syndicat est redéfini. Ainsi, après la saga Infinite Crisis (2006), la notion d’univers parallèle est à nouveau d’actualité, et le monde des héros à nouveau entouré de Terres parallèles.

Le concept d’une Terre 3 est remis au goût du jour à l’occasion de différentes séries hebdomadaires, dont 52, Countdown (où apparaît une Société du Crime d’Amérique) et Trinity, dans laquelle le Sphinx de Terre 3 apparaît sous le nom d’Enigma.

Depuis la « Renaissance DC » et la réécriture de l’espace-temps après la saga Flashpoint, les univers parallèles font toujours partie de l’identité de l’univers DC. C’est ainsi que le Syndicat du Crime de Terre-3 fait un retour spectaculaire à la fin de la “Guerre de la Trinité”.

 

Lecteur de longue date des comic books DC, Geoff JOHNS utilise d’anciens concepts et les modernise pour les rendre plus attrayants et plus terrifiants. Ce faisant, il construit des intrigues touchant l’ensemble du catalogue avec des idées proposées par ses prédécesseurs plus de cinquante ans avant lui. La longévité et la vivacité du Syndicat du Crime, capable de faire trembler l’univers DC, témoigne de sa force d’évocation, toujours aussi puissante.

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