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CASANOVA est un comics d’un autre temps. C’est le concept qui sous-tend toute la folie et l’exubérance de mes choix artistiques pour la série. Lorsque j’ai opté pour un rendu noir, blanc et vert, c’était dans l’optique d’obtenir un visuel un peu passé, vintage, avec tout ce que ça implique de limitations en termes techniques d’impression. Le genre de limites qui poussent les créateurs à faire de vrais choix artistiques pour obtenir le résultat escompté. Personnellement, j’adore cette colorisation noir et vert. Lorsque nous avons décidé qu’il était temps de passer à la couleur intégrale, nous avons expliqué à Cris que le concept derrière la colorisation initiale restait valide. Nous voulions que chaque arc narratif ait une couleur dominante unique, et pour LUXURIA, ce serait le vert. C’est la seule piste que j’ai donnée à Cris avant qu’elle ne m’envoie ses premiers essais. À partir de cette base, nous avons pu établir les points forts et les points à développer pour arriver à ce que nous voulions. Nous sommes vraiment old school lorsqu’il s’agit de comics, aussi Fábio et moi faisons tout à la main, du dessin en noir et blanc à la colorisation en aplats, au besoin. Tout ce qui sort de ce périmètre ne nous concerne plus vraiment, nous avons donc banni tout ce qui est dégradés, brosses et effets de lumières. Je voulais que toute la colorisation soit faite d’aplats, et c’est, bien entendu, beaucoup plus difficile de faire un choix entre deux couleurs seulement en vue, ensuite, de les associer. Utiliser un dégradé est toujours la solution la plus simple, mais nous réalisons une bande dessinée, aussi, nous devons mobiliser chaque parcelle de notre créativité dans le processus graphique. Après avoir établi ces bases, j’ai repris la première version de Cris, sélectionné quelques-unes de ses couleurs, les ai associées à d’autres, et j’ai créé la « PALETTE CASANOVA » pour elle. Ces 45 couleurs (et je pense toujours qu’il y en a trop) sont les seules auxquelles elle a droit pour sa colorisation. La dernière étape du processus consistait à déterminer les associations de couleurs, comment les combiner ensemble ou choisir celle-ci plutôt qu’une autre pour donner telle ambiance à telle scène, pour appuyer le côté dramatique d’une scène, servir la narration. Faire ressortir un peu plus le décor, amener le regard du lecteur au bon endroit, organiser les éléments visuels et déterminer dans une planche quelle case devait retenir le plus l’attention, ce genre de choses. Comme tout ce qui touche au médium comics, c’est un processus très complexe qui a nécessité beaucoup d’aller retour entre Cris et nous, mais le résultat final en valait clairement la peine. Nous sommes tellement satisfaits du résultat que parfois nous oublions même que ce comics était monochrome tel que nous l’avions imaginé à l’origine.

Gabriel Bá

La série a connu trois colorisations différentes. Nous avons eu une première version en noir et vert.

Une deuxième version, élaborée par Cris.

 

Et une version finale, tirée de la palette ci-dessous.

 

Lorsque vous commencez une colorisation digitale, vous prenez conscience que vous avez à votre disposition une infinité de couleurs. Après que Gabriel m’a constitué cette palette de 45 couleurs, j’étais très excitée en fait ! C’est un procédé limité qui vous oblige a vraiment utiliser votre tête pour le choix de chaque couleur. Dans ce milieu, avec la pression des deadlines, un coloriste avec un peu de métier peut avoir tendance à se reposer sur ses automatismes, sans vraiment prêter attention à la narration. Mais coloriser CASANOVA avec cette méthode m’a posé de véritables défis et m’a surtout permis de progresser en tant que professionnelle. C’est cette motivation de me hisser au niveau du reste de l’équipe, cette envie d’intégrer le processus créatif de la série, qui m’a permis de me dépasser. Collaborer sur cette série m’a rappelé pourquoi j’étais devenue coloriste en premier lieu.

Cris Peter

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