Paul Dini a débuté comme scénariste dans l’animation avec des épisodes des Tiny Toons avant de signer quelques-uns des meilleurs épisodes de Batman : la série animée et d’en devenir un des producteurs. Il revient aujourd’hui sur l’une de ses œuvres phares : Mad Love

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Ça m’est arrivé. Ça vous est arrivé. Et si ce n’est pas le cas, ne vous en faites pas, votre tour viendra. À un moment donné, on rencontre tous quelqu’un qui – pardonnez-moi les détails un peu gores – nous arrache le cœur. Si vous avez déjà été follement amoureux, vous savez de quoi je parle. L’amour fou vous pousse à être si passionnément accro à cette personne (généralement la mauvaise personne) que plus rien d’autre ne compte.

Vous y pensez jour après jour, élaborant les scénarios les plus déments pour qu’enfin vous soyez ensemble.

Et le reste du temps, vous essayez de réaliser ces scénarios. Vous être persuadé que vous avez enfin trouvé cet être mythique qui va apporter un sens à votre existence et vous le poursuivez avec la même ferveur que Vil Coyote après Bip-Bip… et avec le même succès. On a tous connu ça : on a tous choisi le mauvais partenaire avant d’en ressortir blessé mais également plus sage. Et puis, il y a ceux qui, face aux échecs répétés, persistent et signent dans leur vain espoir d’être un jour récompensés par un jackpot d’affection.

Et si certains me lisent en ce moment, assis face à cette machine-à-sous sentimentale, arrêtez de suite et quittez le casino : car c’est toujours la banque qui gagne. Oh, je sais, quand on est amoureux, ce genre de conseil tombe dans l’oreille d’un sourd, puisque tout ce qui restait de raison a déjà pris ses cliques et ses claques pour Aruba. Malgré les multiples refus et déceptions, le poursuivant fait taire sa petite voix intérieure, ravale ses larmes et accroche un sourire à ses lèvres avant de reprendre sa traque.

Bienvenue dans le monde d’Harley Quinn. Ou du moins, d’ »Harley telle que je l’écrivais en 1993″. À ses débuts, dans l’épisode de BATMAN, LA SÉRIE ANIMÉE, « Chantage à crédit », je l’avais conçue comme un acolyte du Joker. Plus tard, j’ai vu dans l’opportunité de raconter ses origines le moyen de la distinguer des autres nervis en costumes bariolés. Qu’Harley ait été attirée par le Joker était déjà bizarre en soi, en faire sa psychiatre rendit leur histoire carrément tragique. Bruce TIMM, mon producteur et ami, et moi-même avions été invités pour réaliser un épisode spécial de THE BATMAN ADVENTURES et nous étions intéressés par l’idée de parler du passé d’Harley. Autour d’un hamburger dans une gargote tropicale, nous essayions, tels deux gamins affairés sur un puzzle, de faire rentrer toutes nos pièces dans ce numéro judicieusement baptisé MAD LOVE.

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Deux ans auparavant, Bruce et moi (ainsi que le reste de l’équipe) avions débuté la production de la série animée, la boule au ventre de peur de se planter. Ce même effroi nous animait désormais alors que nous nous apprêtions à faire le grand saut dans le monde des comics. Bien heureusement, malgré l’angoisse qui nous étreignait, nous étions trop heureux de participer à ce projet pour nous arrêter. Nous courrions d’un bureau à l’autre, l’un pour montrer ses découpages et croquis, l’autre pour déposer des pages de script réécrites pour des scènes déjà abandonnées vu leur longueur. Mais je ne m’en plaignais pas. En tant que réalisateur, Bruce a un sens inné du rythme d’une histoire et sait où fixer l’attention afin d’en tirer l’impact maximum. Le voir travailler m’a été d’une grande aide et m’a définitivement fait progresser en tant que scénariste (même si je continue à dépasser le nombre requis de pages pour mes scripts d’animation… désolé, Bruce !).

Un dernier mot à propos de Bruce : il sait dessiner comme personne les animaux. Il ne cesse d’affirmer le contraire mais je trouve que ses hyènes ont du chien tout en demeurant franchement menaçantes. Et puis, regardez ce serpent de mer dans l’histoire courte consacrée à Poison Ivy : c’est presque un véritable animal et quelle gueule ! Après MAD LOVE, Bruce et moi avons travaillé sur d’autres comics, et vous trouverez certaines de ces histoires dans le présent album. Elles ont toutes été un véritable bonheur à réaliser, et ce, à chaque fois que notre emploi du temps démentiel nous l’a permis. Ça fait un bail qu’elles ont été publiées, mais je les relis avec plaisir et une certaine fierté. MAD LOVE n’est pas, pour moi, un récit de victime, c’est une mise en garde de ce qui arrive quand on aime quelqu’un trop longtemps de façon si obsessionnelle et si imprudente. Les expériences tragicomiques d’Harley tendent un miroir déformant à tous ceux prêts à se ridiculiser et à se tourmenter pour quelqu’un qui n’en vaut pas la peine.

Et par-delà cette prise de conscience, un changement positif peut survenir. Harley elle-même a bien changé depuis. Elle n’est plus seulement l’assistante du Joker mais tient la vedette dans plusieurs histoires (animées ou de comics), et se retrouve souvent associée à sa grande copine, Poison Ivy. Quoi de plus gratifiant pour quelqu’un qui a su s’émanciper ? Et si d’aventure, elle faiblit et retrouve son « poussin », ce n’est plus en tant que larbin servile, mais bel et bien comme son égale en fourberie ! Même si elle n’est pas entièrement guérie, elle est désormais sur le bon (ou mauvais ?) chemin. Et s’il y a de l’espoir pour Harley Quinn, il y en a pour tous les amoureux fous à travers le monde.

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Batman Mad Love

Difficile de rester une jeune femme indépendante et sûre d’elle-même quand on tombe folle amoureuse du plus brillant des déments de Gotham. C’est ce qu’apprend à ses dépens l’ambitieuse psychiatre Harley Quinzel le jour où sa route croise celle du Joker, le pire ennemi de Batman. Dès lors, son destin est à tout jamais reliés à son « Poussin » qui, lui, n’a d’yeux que pour son grand oeuvre : la mort spectaculaire du Chevalier Noir !

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