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Le lettrage manuel est un spécimen en voie de disparition à l’ère du tout numérique. Je pourrais parler pendant des jours du pour et du contre concernant les techniques analogiques et numériques, mais, au final, lettrage manuel et lettrage informatique sont simplement deux outils différents au service d’un même artiste. Si je suis totalement honnête, le lettrage à la main procure tout de même une sensation qu’il est impossible de retrouver avec une police numérique.
Et dans mon cas, ce sentiment est un curieux mélange de patience, de précision, d’onomatopées jaillissantes et de fautes d’orthographe. Mais depuis que j’ai commencé à travailler sur CASANOVA, j’ai dû revoir ma méthode, aller un peu plus vite aussi – Si vous saviez ! Le lettrage manuel est chronophage à une échelle Galactusienne (attention, référence comics !) – et même m’essayer à un mix d’outils analogiques et numériques. À l’époque où je lettrais CASANOVA #4, je dessinais les lettres à taille réelle sur des pages de bristol. J’imprimais le résultat, agrandissais à 115% en bitmap, utilisais ensuite une table lumineuse pour dessiner la forme des bulles, leur emplacement, leur nombre, leur hauteur, les queues, etc. Je réimprimais ensuite le tout en niveaux de gris très légers sur ma fidèle imprimante noir et blanc à jets d’encre, pour ensuite pouvoir replacer chaque bulle au bon endroit. Une fois annotée ma planche de bristol d’une quantité infinitésimale de notes au crayon – en gros, huit pages de comics sur une planche de bristol, selon la longueur du script –, je plaçais le tout sous la loupe de ma table lumineuse et attaquais l’encrage au Rapidographe.

bulles dans casanova

Je travaille à une échelle vraiment minuscule… Je pense que même les mots en gras sont plus petits que l’écriture la plus serrée d’une personne saine d’esprit. Aussi, le Rapidographe me permet de conserver une certaine régularité dans le lettrage. Ensuite, l’ensemble est scanné sur ordinateur, bidouillé, corrigé, nettoyé, puis on place chaque bulle sur la colorisation exemplaire de Cris. À l’heure où j’écris ces lignes, je lettre le deuxième épisode de GULA, le prochain tome, et je possède désormais une tablette Cintiq. Je dessine maintenant les lettres directement sur écran, puis je les imprime en bleu très léger et je les encre. Ça me fait gagner un temps monstre et me permet de rendre mon lettrage à temps.

Si ça vous semble complètement pénible et rasoir, rassurez-vous : ça l’est ! La véritable motivation d’un bon lettreur est que son travail passe inaperçu. Le lettreur est comme un bassiste : on ne peut pas jouer sans passer dans un groupe, mais la dernière chose que l’on attend de lui, c’est qu’il parte dans un solo ou quoi que ce soit d’autre. Aussi, tout ça, c’est juste la toile d’araignée, le réseau électrique, et le clodo qui dors là, au-dessous d’un magnifique pont à la brillante architecture. Et croyez-moi, travailler sous un pont comme CASANOVA est de loin la chose la plus sexy et gratifiante qui puisse m’arriver.

Dustin Harbin

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