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KID ETERNITY est une minisérie en trois numéros Prestige Format se situant dans un contexte artistique et éditorial particulier : celui du passage des années 1980 aux années 1990, qui voient la bande dessinée américaine accéder à un nouveau public, plus âgé, et accéder à une grande reconnaissance critique.

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Les années 1980 ont vu des reprises successives de personnages anciens, voire obscurs, par des auteurs modernes, dont de nombreux artistes britanniques, s’amusant à détourner les codes des super-héros de comic books. Parmi ces séries et personnages, on peut citer les runs de SWAMP THING ou Miracleman d’Alan MOORE, véritables précurseurs en termes de vision iconoclaste, le Daredevil de Frank MILLER ou encore, un peu plus tard, le SANDMAN de Neil GAIMAN (disponible en coll. Vertigo Essentiels). De plus, en 1986, trois œuvres phares se distinguent du reste de la production par une mise en forme aussi sophistiquée que leurs thèmes ou leurs tons plus adultes et plus cinglants.
WATCHMEN d’Alan MOORE et Dave GIBBONS (coll. DC Essentiels), THE DARK KNIGHT RETURNS de Frank MILLER (coll. DC Essentiels) et Maus d’Art SPIEGELMAN inaugurent une nouvelle ère qui conduira les bandes dessinées au rang de medium « noble », citées dans les grands organes de presse et suscitant nombre de controverses et analyses critiques. Dès lors, un nouveau type de comic apparaît : le Prestige Format. Une sorte d’album à l’européenne, mais à couverture souple et sans publicités.

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Watchmen à découvrir ou à redécouvrir, l’oeuvre d’Alan Moore qui a bouleversé à jamais les comics !

KID ETERNITY, sorti en 1990, s’inscrit dans cette mouvance et réédite le propos de L’ORCHIDÉE NOIRE de Neil GAIMAN et Dave McKEAN, publié en 1988 et qui voyait une modernisation d’une héroïne oubliée. Kid Eternity revient d’encore plus loin que l’Orchidée Noire, puisque ce jeune garçon est capable de faire apparaître des personnages historiques, mythologiques ou de romans, lorsque le besoin se fait sentir. En prononçant son mot magique, « éternité », il acquiert également le don de se rendre immatériel ou encore celui de devenir invisible.
Apparu en 1942, dans les pages de HIT COMICS #25, réalisées par Otto BINDER, au scénario, et Sheldon MOLDOFF, au dessin, le jeune héros connaît une popularité suffisante pour obtenir son propre titre, où il retrouve notamment son acolyte, M. Gardien. Les séries sont publiées au cours des années 1940 par la firme Quality Comics. Au terme de cette décennie, KID ETERNITY est annulé et sa place dans HIT COMICS est confiée à une autre série, celle d’un capitaine de navire : changement ironique, puisque le Kid a obtenu ses pouvoirs suite à l’attaque d’un sous-marin allemand durant la Seconde Guerre mondiale !

Dans les années 1970, l’éditeur DC Comics récupère les droits des personnages de Quality et intègre le Kid à son multivers de personnages surhumains. Il est intéressant de noter qu’il n’est pas envoyé avec les autres héros de Quality (Human Bomb, Uncle Sam, le Rayon ou Phantom Lady) dans la dimension qu’on appelle « Terre X », et dans laquelle les États Unis sont toujours en guerre avec l’Allemagne nazie, mais sur la « Terre S » pour SHAZAM, le mot magique que prononcent les membres de la « famille Marvel », autres gamins se transformant de façon magique en surhommes. KID ETERNITY seconde donc pour un temps les aventures de Captain Marvel, Mary Marvel et Captain Marvel Jr, avant de retomber dans les limbes des personnages non utilisés.

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Kideternity à découvrir à partir du 21 aout !

 

Et c’est vingt ans plus tard qu’il croise la route du scénariste Grant MORRISON. Ce dernier a débuté sa carrière américaine en 1988, après avoir été repéré sur des séries britanniques novatrices comme Zoids et ses guerriers robots, ou bien Zenith et son héros popstar. Arrivé de l’autre côté de l’Atlantique, il applique son traitement de choc mâtiné de références rock et de mélancolie romantique à des personnages mineurs de DC, qui en retrouvent une seconde jeunesse : ANIMAL MAN et DOOM PATROL lancent des héros désabusés ou idéalistes dans des aventures surréalistes où les frontières entre réalité et fiction se fissurent jusqu’à organiser des rencontres entre créateurs et créatures, offrant ainsi une réflexion sur l’acte artistique même. Démiurge au sens de l’humour absurde et acéré, MORRISON ridiculise autant qu’il magnifie ses héros, accumulant les tortures et les tourments jusqu’à les faire « renaître » symboliquement. Il en est ainsi de Batman, dans ce qui est à l’époque le plus grand succès commercial du scénariste, ARKHAM ASYLUM, réalisé en collaboration avec Dave McKEAN : le Chevalier Noir y est ainsi scruté, battu et humilié au gré des salles de l’Asile enfermant ses pires ennemis.

Sorti « vainqueur » de cette épreuve, Batman est accompagné au seuil du bâtiment par le Joker qui l’invite à revenir les voir dès que possible, une « place » lui étant pour toujours réservée… KID ETERNITY offre ainsi à Grant MORRISON la possibilité d’explorer à nouveau le thème de la quête initiatique, mais cette fois sous l’angle horrifique qui a déjà fait le bonheur des lecteurs de SANDMAN, par le biais de la rencontre du Kid avec un humoriste au seuil de la mort. Il est accompagné du dessinateur Duncan FEGREDO, qui multiplie les décors dantesques entre enfer urbain aux immeubles Art déco gigantesques et monstres difformes symbolisant les péchés de l’humanité. L’ambiance graphique étouffante et l’écriture en monologues secs et répétitifs renvoient également à une autre « étude de la folie » de MORRISON : Bible John-A Forensic Meditation, une série faite de collages de photos et d’illustrations réalisés par l’artiste Daniel VALLEY, et qui suit l’enquête des deux auteurs sur l’identité possible d’un tueur en série en activité à Glasgow, à la fin des années 1960. Surtout, le scénariste développe déjà des théories interrogeant et dénonçant un certain manichéisme derrières les combats de héros de papier, dans cette lutte ancestrale entre Seigneurs de l’Ordre et du Chaos, et promeut l’avènement d’une humanité s’élevant vers les idéaux divins, après un cycle de destruction et de bouleversements divers. Utilisant ses connaissances en « Magie du Chaos » qui va également servir de terreau pour sa série LES INVISIBLES, il célèbre le Verbe et la création comme armes face au confit entre Destin et Libre Arbitre : pour le Kid, comme Jerry, son compagnon d’infortune, la route vers l’enfer est pavée d’autant de mauvaises que de bonnes intentions…

 

 

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Kid Eternity

Humoriste en difficulté, Jerry Sullivan broie du noir. Il s’est déjà fait à l’idée de la mort, et va bientôt en apprendre bien plus sur elle qu’il ne l’aurait souhaité. Rescapé d’un terrible accident de voiture, Jerry va faire la connaissance d’un étrange personnage appelé Kid, récemment échappé des Enfers et en route pour une mission d’importance cosmique que lui aurait confié les forces du Paradis eux-mêmes. Mais pour mener à bien sa mission, Kid aura besoin de Jerry pour libérer quelques-unes des figures les plus emblématiques de l’Histoire.

 

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