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Enjeu central de « Batman: La Cour des Hiboux », Gotham City a été popularisée par les décors d’Anton Furst pour les deux longs métrages de Tim Burton, puis par les prises de vues de Chicago utilisées par Christopher Nolan. Mais cette ville fictive est également un reflet des grandes cités froides et gigantesques que l’on connaît dans la vie réelle. Une version nocturne de New York, en quelque sorte.

Dans les premières aventures de Batman, le héros se déplace dans une grande ville aux riches banlieues. Si elle n’est pas toujours nommée, elle revêt les atours de New York et de ses environs, et s’impose comme une version sombre de la métropole, fortement inspirée du roman noir.

Une New York de métaphore

Le nom “Gotham” apparaît pour la première fois dans Batman #4, en 1940. Dans son encyclopédie des comic books, Jim Steranko explique que Bill Finger, scénariste de Batman, a d’abord songé à appeler sa ville fictive Civil City, Capital City ou Coast City. Et de préciser que c’est dans l’annuaire qu’il découvre un joaillier baptisé Gotham. Néanmoins, le mot “Gotham” est également un surnom donné à New York, au même titre que “Big Apple”, la grosse pomme.

Frank Miller, scénariste de Dark Knight Returns et de Batman : Year One, a souvent affirmé que selon lui, Gotham City est une version nocturne de New York, où Miller a vécu de nombreuses années. Et si Gotham est New York la nuit, Metropolis, fief de Superman, est New York de jour, composant les deux pôles géographiques de l’univers DC.

Gotham City s’est enrichie de nombreuses particularités au fil des décennies. Une architecture ambitieuse et variée est mise en scène par de nombreux dessinateurs. À la fin des années 1960, Neal Adams dessine un Batman athlétique en équilibre au-dessus des corniches des gratte-ciel, souvent ornementées de figures menaçantes voire de gargouilles. Une influence néo-gothique évidente a commencé à poindre. Avec le Dark Knight Returns de Miller, les moulures, les sculptures et les statues qui bordent les façades se multiplient. Dans ses pages, Gotham City cesse d’être une représentation sublimée de New York pour afficher une silhouette propre.

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Géographie urbaine

Des lieux inévitables sont venus remplir l’espace de la ville fictive, des rues, des places, des artères qui ont gagné une grande force symbolique. Ainsi, on peut parler de Park Row, rebaptisée Crime Alley, là où le jeune Bruce Wayne a vu ses parents se faire tuer sous ses yeux. Pendant des années, Batman s’est rendu en pèlerinage dans la pénombre de Crime Alley pour déposer une fleur en mémoire de son père et de sa mère. Désormais, Bruce préfère se souvenir de leur union que de leur décès, mais Crime Alley est comme une cicatrice sur le visage d’une ville gangrenée par le banditisme.

Dans le même quartier, la clinique de Leslie Thompkins, une activiste sociale qui a recueilli le jeune orphelin juste après le drame, dispense des soins et de l’aide aux plus démunis. Si Crime Alley est l’endroit de tous les malheurs, c’est aussi le lieu de tous les espoirs, car c’est là que Leslie agit, au plus près de la misère.

Dans les années 1980, notamment sous l’influence de Frank Miller et de quelques autres scénaristes, puis grâce à la série animée Batman de 1992, de nombreux endroits de la ville ont été rebaptisés des noms d’auteurs célèbres. Englehart, Aparo, Robbins, O’Neil, Kane, Finger et de nombreux autres ont donné leur nom à une rue, une avenue, une place, un carrefour ou une impasse. La ville fictive se nourrit des créateurs qui ont écrit les plus grands chapitres de la vie de Batman.

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Histoire de la ville

Métaphore de New York, Gotham City se devait d’avoir un passé. Alan Moore, dans Swamp Thing #53 (octobre 1986), fait une première incursion dans l’histoire de la métropole. Il indique notamment que la ville fut fondée par un Norvégien, ce qui renvoie aux fondateurs hollandais de la Nouvelle Amsterdam, future New York. Il précise également que la région a abrité des sectes et des groupes occultes, marquant la ville d’une aura de sorcellerie. Par la suite, le scénariste Rick Veitch, dans Swamp Thing n°85-86 (1989), accordera à Gotham City une place de choix dans la guerre d’indépendance.

Gotham City s’est donc imposée au fil des décennies comme un personnage essentiel des intrigues, et plus seulement un décor, aussi exotique et saisissant soit-il.

De nos jours, deux scénaristes se sont intéressés à l’histoire de la ville, et l’ont connectée à l’histoire de l’une des plus célèbres familles de notables qui y ait vécu, les Wayne. Grant Morrison s’est notamment penché sur les ancêtres de Bruce Wayne, alors que Scott Snyder s’est intéressé à la géographie et au passé architectural de la cité.

Dossier paru dans le Batman Saga 2

 

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