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Un nouveau héros pour un nouveau départ

En couverture du numéro 27 de DETECTIVE COMICS, daté de mai 1939, apparaît un étrange personnage. Surgissant dans le ciel nocturne de Gotham City, il saisit un malfaiteur tandis qu’il est lui-même visé par deux autres truands postés sur un toit avoisinant. Son nom ? Batman ! Ou plutôt « le » Batman : un mystérieux vigilante qui fait régner la terreur dans le coeur des criminels et qui représente une figure littéraire née un an plus tôt : le super-héros.

Superman avait en effet pris d’assaut les kiosques à journaux américains, dans le numéro 1 d’ACTION COMICS daté de juin 1938. Alors que ce dernier agit sans masque, affiche une splendide surpuissance, résiste aux balles et porte un costume aux couleurs primaires chatoyantes, Batman, lui, avance masqué, endossant une panoplie noire et grise rehaussée d’une cape et d’un masque qui lui donnent des airs de démon. Surtout, et c’est ce qui fera la différence avec ses camarades justiciers, Batman ne dispose d’aucun super-pouvoir sinon son intelligence redoutable et sa volonté inébranlable. C’est grâce à ces deux atouts que Bruce Wayne, son alter ego, s’est entraîné jusqu’à devenir le plus grand détective au monde, doublé d’un combattant hors pair.

Héritier des pulps

Son apparition consolide la présence des comic books sur le marché américain : ces revues bon marché, héritières des pulps, répondent à l’attente d’un lectorat qui, à la fin des années 1930, subit toujours l’impact de la grande crise économique de 1929, que le dernier plan de relance du président Roosevelt n’a pas su endiguer. Au départ constitués de comic strips parus d’abord dans les journaux, les comic books proposent rapidement des séries inédites. Du fait du succès de SUPERMAN et BATMAN, le concept de super-héros s’impose avec une telle puissance qu’il devient en quelques années synonyme de bande dessinée aux États-Unis.

Un héros composite

C’est le succès de SUPERMAN qui engendre la création de BATMAN : en 1939, le responsable éditorial Vin SULLIVAN recherche un personnage capable de reproduire cet exploit dans les pages de DETECTIVE COMICS. Le dessinateur Bob KANE propose alors un projet qu’il a conçu avec l’aide du scénariste Bill FINGER. Les deux auteurs vont partir de l’idée de départ de KANE, qui pense appeler son héros « Bird Man », le vêtir d’un costume bleu et rouge, et l’affubler d’ailes d’oiseau. Bob KANE se rappelle avoir vu, enfant, des dessins de machines volantes de Leonard DE VINCI, aux ailes évoquant celles de chauve-souris. Il puise également dans ses souvenirs du film THE BAT WHISPERS (Roland WEST, 1930), qui met en scène un tueur au costume de chauve-souris, tout en songeant au SIGNE DE ZORRO (Fred NIBLO, 1920), avec Douglas FAIRBANKS dans le double rôle du justicier masqué et du playboy falot Don Diego.

Prenant conseil auprès de Bill FINGER, Bob KANE fait évoluer graphiquement le personnage : il lui dessine un masque couvrant le haut du visage évoquant les oreilles des chauves-souris. Il suggère également que les couleurs primaires, bleu et rouge, soient remplacées par du gris et du noir teinté de bleu, que les ailes deviennent une cape et que les yeux ne soient pas apparents derrière le masque, ne laissant que des interstices blancs.

Travail d’équipe

En termes d’écriture, pour ses premières aventures, Bill FINGER s’inspire très nettement des pulps, ces publications bon marché présentant des récits de genre (crime, horreur, fantastique…) qui font florès chez les marchands de journaux. Un personnage en particulier fait forte impression sur FINGER : le Shadow, un justicier impitoyable aux méthodes expéditives qui élimine les rangs de la pègre de New York, épaulé par une horde d’assistants.
Très vite, Batman remporte l’adhésion des lecteurs. Dès 1940, en plus des douze pages mensuelles de DETECTIVE COMICS, quatre épisodes supplémentaires sont proposés dans une nouvelle revue : BATMAN. De 1943 à 1946, un strip de presse quotidien viendra s’ajouter à cette production déjà importante. Pour prendre en charge la masse de travail supplémentaire, Bob KANE embauche des assistants dont Jerry ROBINSON, Sheldon MOLDOFF ou Lew Sayre SCHWARTZ. De leur côté, les éditeurs de DC font appel à de nombreux scénaristes comme Gardner FOX, Alvin SCHWARTZ, Don CAMERON, Joe SAMACHSON ou Joseph Greene, et à des dessinateurs comme Jack BURNLEY, Dick SPRANG, Ray BURNLEY ou Win MORTIMER. Les encreurs George ROUSSOS et Charles PARIS assurent, quant à eux, l’homogénéité du style qui perdurera jusqu’en 1964, quand l’editor Julie SCHWARTZ et le dessinateur Carmine INFANTINO modifieront l’apparence du justicier.

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