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Wahou ! Quelle étrange sensation de reprendre cette route à nouveau. Il s’est passé tellement de choses dans le paysage depuis l’époque où j’arpentais régulièrement ces chemins mythiques. Cela fait-il réellement seize ans que je me suis rendu pour la première fois sur l’Île du Paradis ? Cela fait-il vraiment plus d’une décennie depuis ma dernière visite à Themyscira, la légendaire île des Amazones ? Berceau de la Princesse Diana, l’héroïne que le Monde des Hommes connaît sous le nom de Wonder Woman. Oui, c’est bien le cas. Les calendriers ne mentent pas. Ça fait effectivement bien longtemps.

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Pourtant, d’une certaine manière, j’ai l’impression que c’était encore hier, quand je me suis assis dans le bureau de Janice RACE, alors responsable éditoriale de WONDER WOMAN, afin de lui suggérer que je pouvais peut-être contribuer à la redéfinition de la Princesse Amazone, proprement effacée de l’existence dans les dernières pages de CRISIS ON INFINITE EARTHS. Il me semble qu’une seule nuit a passé depuis le jour où Janice m’a félicité d’explorer des régions dans lesquelles peu de soi-disant superstars osent s’aventurer.

Après tout, la série WONDER WOMAN a connu une histoire mouvementée depuis l’invention du personnage par le scénariste William Moulton MARSTON (sous le nom de plume de « Charles MOULTON ») et le dessinateur H. G. PETER en 1940, et c’était un titre que peu d’auteurs se portaient volontaires pour dessiner. Cette parution était confiée à quiconque était disponible, sans se soucier de leur intérêt ou de leur compatibilité envers le personnage. En dépit de jalons créatifs évidents au fil de ses quatre décennies de publication, il y a eu bien trop de périodes creuses, et l’héroïne a été réinventée tellement de fois que sa continuité est devenue un bazar sans nom.

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Puis, CRISIS ON INFINITE EARTHS est publié. Il s’agit d’une série dont la fonction était de simplifier l’univers DC. Et l’une des candidates évidentes à un grand nettoyage de continuité était la première et la plus connue des super-héroïnes. Le problème était cependant que, même si la maison d’édition voulait une nouvelle Wonder Woman, rien ne précisait ce que « nouvelle » voulait dire. Plusieurs créateurs avaient proposé des concepts qui ne retenaient de Wonder Woman que le nom. Certains de ces projets contenaient de bonnes idées et méritaient un développement… mais ce n’était tout simplement pas Wonder Woman. DC voulait une nouvelle Wonder Woman, mais désirait cependant que son personnage iconique soit reconnaissable.

Arrive Greg POTTER. Sa proposition collait aux origines de Wonder Woman, conservant, quoique sous une forme modifiée, certains éléments, tels que l’Île du Paradis, Steve Trevor ou encore le tournoi décidant de l’identité de l’Amazone devant explorer le « Monde des Hommes ». C’est Greg qui proposa l’idée selon laquelle les Amazones sont des réincarnations de femmes assassinées durant la préhistoire, et imposa Arès en menace d’envergure poussant Diana à partir pour le Monde des Hommes afin de le sauver des machinations du Dieu de la Guerre. D’ailleurs, Diana arrive à Boston, dans le Massachusetts, là où habite Greg. Au-delà de ces points précis, certains aspects de la proposition de Greg ne convenaient pas aux employés de DC, notamment aux femmes. Sachant que Wonder Woman étant l’icône féminine de DC, cela ne présageait rien de bon pour la relance du titre. De même, le dessinateur envisagé pour la nouvelle série n’était pas le choix idéal. Mais DC avait besoin de faire paraître une série WONDER WOMAN dans les kiosques et, selon toute apparence, ils devaient composer avec ce dont ils disposaient en l’absence de tout autre choix disponible. C’est alors que je suis entré dans le bureau de Janice RACE, hier, me semble-t-il.

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Depuis des années, j’avais en tête une histoire spécifique pour Wonder Woman. Je m’inspirais d’un récit en deux parties publié dans NEW TEEN TITANS, écrit par Marv WOLFMAN et à la faveur duquel j’ai eu l’occasion de dessiner l’Île du Paradis pour la première fois, et de goûter au plaisir de dessiner les dieux grecs. Inspiré également par le travail de Walt SIMONSON sur le personnage de Thor chez Marvel ainsi que par les films géniaux de Ray HARRYHAUSEN, j’ai eu une idée qui allait devenir le « Défi des Dieux », un récit publié dans les numéros 10 à 14 de ma prestation. Quand CRISIS a conduit à l’arrêt définitif de la série WONDER WOMAN, je me suis dit que cette histoire allait rejoindre les idées qui n’aboutissent jamais. Mais quand j’ai entendu parler de la relance de WONDER WOMAN, et en voyant ce que des créateurs vedettes tels que Frank MILLER et surtout John BYRNE accomplissaient en repensant entièrement Batman et Superman, j’ai impulsivement suggéré que je pourrais me frotter à WONDER WOMAN, au moins pour les six premiers épisodes, ce qui me permettrait de réaliser enfin ce « Défi des Dieux ». Vous vous souvenez des félicitations de Janice, dont j’ai parlé plus tôt ? Eh bien, ça se passait le même jour, c’est-à-dire hier, aussi.

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L’histoire des comic books, ainsi que ce recueil, témoignent du fait que ma prestation sur la série a dépassé les six premiers épisodes prévus initialement, l’étirant sur près de cinq ans. Janice RACE a quitté DC, remplacée par l’inestimable Karen BERGER en tant que responsable éditoriale de WONDER WOMAN. Je ne saurais exprimer à quel point Karen a contribué au succès de la série. C’est l’une des personnes les plus astucieuses, intelligentes et visionnaires ayant jamais travaillé dans le métier, dure mais juste, sachant quand s’imposer et quand s’éclipser. Karen est le mètre étalon à l’aune duquel je juge les autres responsables éditoriaux. Je ne saurais trop la remercier de l’aide qu’elle m’a apportée pour mes premières tentatives d’écriture.

Et je ne peux laisser passer un autre paragraphe sans remercier mes différents complices dans le crime, à l’image de Greg POTTER, qui a ouvert le bal. Greg a quitté la série quand celle-ci a pris ma direction, mais il était là dès le début et certains de ses concepts font toujours partie de la nouvelle histoire de Wonder Woman.

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Et de simples remerciements ne suffisent pas à exprimer ma gratitude à l’égard du dialoguiste Len WEIN et de l’encreur Bruce PATTERSON qui ont donné de moi une meilleure image. Les mots de Len ont éclairé et clarifié mes idées et les encres de Bruce ont ajouté du lustre et des étincelles à mes crayonnés. La série n’aurait pas été aussi réussie sans eux.

Je pourrais continuer à évoquer le processus d’écriture et de dessin concernant les histoires rassemblées dans ce recueil, mais cela reviendrait à ne parler que de moi, et non pas de la véritable vedette de l’ouvrage, la Princesse Diana, ma chère Wonder Woman. Je suis éternellement reconnaissant aux créateurs et aux lecteurs, d’hier et d’aujourd’hui, qui m’ont permis d’arpenter le chemin vers Themyscira, un voyage entamé hier seulement et que je reprends aujourd’hui.

J’espère que vous savourerez le voyage comme je l’ai fait… et comme je le fais encore.

 

 

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Wonder Woman Dieux et Mortels volume 1
Isolées depuis des millénaires sur l’île de Themyscira, les Amazones ont vécu recluses et ont développé une société pacifiste et progressiste à l’écart des tourments du monde des hommes. Mais lorsque le pilote Steve Trevor échoue sur cette île paradisiaque, la princesse Diana se charge de le ramener dans son pays : débute alors pour cette jeune Wonder Woman une quête identitaire qui va la mener face à Arès le dieu de la Guerre ! Contenu : Wonder Woman #1-14

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