En 1992, Jim LEE, alors au sommet de sa gloire en tant que dessinateur des X-Men pour l’éditeur Marvel Comics, quitte le titre ainsi que cette maison d’édition pour fonder, avec six autres artistes dissidents, Image Comics. C’est au sein de cette nouvelle structure, dont le but principal est de permettre aux créateurs de conserver les droits de leurs œuvres, que Jim LEE crée son propre « imprint » (ou label) : WildStorm, dont le nom est constitué des deux titres qu’il lance à l’époque, WILDC.A.T.S. et STORMWATCH.

Tous deux sont écrits par un associé de Jim LEE, Brandon CHOI, avant de passer entre les mains d’autres auteurs, tels James ROBINSON et Alan MOORE pour le groupe de réfugiés extraterrestres, WILDC.A.T.S., et Ron MARZ et Warren ELLIS pour l’équipe d’intervention internationale, Stormwatch. Ces deux groupes de surhumains font partie d’un même univers et les lecteurs découvrent petit à petit les liens tissés entre eux ainsi que leur histoire commune. L’univers WildStorm est ainsi plus vieux qu’il semble l’être au départ, et Alan MOORE comme Warren ELLIS vont s’intéresser au passé de ces héros, notamment à la création de surhommes via des expérimentations humaines ou aliens qui déclenchent un facteur « Gén-actif » et qui offrent aux cobayes des pouvoirs extraordinaires ou menaçants. D’autres explications sont fournies quant à la présence de super-héros : le passage d’une comète, ou bien le tournant du siècle qui voit des bébés nés à cette date dotés de superpouvoirs.

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Dans les épisodes qui suivent, ELLIS intègre à Stormwatch Jenny Sparks, une fringante centenaire qui boit, fume et surtout contrôle l’électricité, pouvoir qui l’a amenée à fréquenter nombre de super-héros au cours des décennies. Et dans l’épisode 44, ELLIS et son dessinateur attitré, Tom RANEY proposent différents segments pastichant le style de comics influents : le SUPERMAN de Jerry SIEGEL et Joe SHUSTER, le SPIRIT de Will EISNER, les Avengers de Jack KIRBY et Stan LEE et le WATCHMEN d’Alan MOORE et Dave GIBBONS. Ainsi, le STORMWATCH d’ELLIS et RANEY témoigne à son tour de l’époque dans laquelle il est réalisé : le milieu des années 1990 est alors une période où les comics réfléchissent sur eux-mêmes, qu’il s’agisse de leur histoire (Marvels de Kurt BUSIEK et Alex ROSS) comme de leur devenir (KINGDOM COME du même ROSS, associé cette fois à Mark WAID). Après la période des années 1980 surnommée « grim’n gritty » (« sombre et cinglante »), au cours de laquelle les super-héros étaient à la fois rénovés et critiqués au travers d’œuvres comme THE DARK KNIGHT RETURNS (Frank MILLER), MARSHALL LAW (Pat MILLS et Kevin O’NEILL) et bien sûr le déjà cité WATCHMEN, les années 1990 voient naître une nouvelle manière d’animer les super-héros, suivant deux mouvements qui fusionnent : un regard métadiscursif (le médium qui parle du médium) sur les héros qui tend à rechercher le sens perdu du merveilleux (pouvoirs extravagants mis au service du bien, dimensions parallèles, technologie avancée), et une humanisation des protagonistes qui passe par l’accent mis sur leurs faiblesses, leurs tourments mais également leurs joies, leurs espoirs et leurs idéaux.

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En reprenant les héros de Stormwatch, Warren ELLIS mélange les membres de l’équipe précédente à de nouveaux personnages plus bizarres (Jenny Sparks, la tueuse mutique Rose Tattoo ou Jack Hawksmoor, le dieu des cités), dont certains formeront, après la fin de Stormwatch, le cœur du groupe successeur : The Authority. Patiemment, Warren ELLIS avance ses pions et fait évoluer l’équipe de départ, qu’il scinde en trois unités de manière habile, par le biais de récits complets, dont les tenants et aboutissants ne se dévoilent pas toujours dans leur intégralité, mais qui forment en fin de compte une tapisserie multiple sur un sujet moral récurrent : le droit à l’ingérence au nom d’une justice « supérieure ». Celle-ci est personnalisée par Henry Bendix, mentor et leader, dont le surnom de « Weatherman » (littéralement le « météorologue ») témoigne de son appétence pour la prévention autant que la protection. Agissant souvent au-dessus du droit international et même au-delà de la morale des hommes, il force ses subalternes, de par ses actes, à prendre position et s’interroger sur le bien-fondé de leurs actions. Faisant fi de tout manichéisme dans son écriture du déroulement des missions, Warren ELLIS pose la question de la justification des actes de Stormwatch sans pour autant apporter de réponse claire ou évidente. Surtout, une attention particulière est portée sur le sexe ou la violence, dans des scènes plus graphiques ou bien via un langage plus cru mais également plus naturel, ce qui permet de parfaire la caractérisation des différents protagonistes. Les membres de Stormwatch sont tout à la fois plus qu’humains et terriblement humains.

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Ils ont des relations plus ou moins suivies, ont rejoint le groupe pour différentes raisons et se retrouvent entre deux aventures dans un bar appelé « Chez Clark » ; un autre clin d’œil à la longue histoire des super-héros. De plus, ces références ne s’arrêtent pas à la frontière des comics mais évoquent également d’autres domaines artistiques ou d’autres piliers culturels (NIETZSCHE, MISHIMA), ainsi que d’autres événements historiques (l’assassinat de KENNEDY, Hiroshima, les massacres au Tibet). À la même époque, le scénariste co-crée avec le dessinateur Darick ROBERTSON la série de S.F. provocatrice TRANSMETROPOLITAN qui lui permet d’évoquer les actualités les plus sombres au travers d’un prisme futuriste et satirique. Warren ELLIS reprendra par la suite, avec des titres comme PLANETARY ou GLOBAL FREQUENCY, cette méthode de caractérisation au coup par coup, épisode par épisode, progressant au cours d’une spirale de sources et de référents. En parallèle, il réalisera avec THE AUTHORITY une suite percutante qui troquera l’environnement métadiscursif pour une parure de blockbuster, aux scènes de destruction ultra-réalistes et aux punchlines mordantes et acérées. Comment cette équipe a-t-elle repris le fambeau de Stormwatch ? C’est ce que vous dévoilera le second volume de leurs aventures toujours rédigées par Warren ELLIS.

 

 

 

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Découvrir The Authority, les Années Stormwatch

Avant Authority, existait Stormwatch, une équipe d’intervention surhumaine chargée d’exécuter les ordres des Nations Unies. Mais leur commanditaire semble avoir son propre agenda et l’arrivée de nouveaux membres tels Jack Hawksmoore et Jenny Sparks va attiser les tensions au sein de l’équipe.

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