Dans la « Super Famille », une héroïne fait figure de cousine périphérique, partageant, selon les versions, les pouvoirs voire les origines des membres principaux que sont Superman ou Supergirl. Il s’agit de Power Girl, figure puissante de l’univers DC depuis bientôt une quarantaine d’années.

 La Société de Justice d’Amérique est l’un des plus anciens groupes de super-héros de l’univers DC (et de la BD américaine en général). Fondée dans All Star Comics #3 publié en hiver 1940, l’équipe connaît de nombreuses aventures jusqu’au numéro 57 de mars 1951, date à laquelle le titre devient All Star Western jusqu’en 1961. Il faudra attendre 1976 et la publication d’All Star Comics #58 (reprenant la numérotation là où elle s’était arrêtée en 1951) pour que les héros de l’Âge d’Or reviennent en force.

powergirl

Couverture de Worlds’Finest #1 par George PÉREZ.

Sur Terre-2

La nouvelle mouture d’All Star Comics est dirigée par le scénariste Gerry CONWAY et les dessinateurs Rick ESTRADA et Wally WOOD, deux auteurs d’une grande compétence ayant déjà travaillé pour les EC Comics. WOOD, notamment, est rompu au genre super-héros, pour avoir dessiné Daredevil chez Marvel et avoir créé l’univers des T.H.U.N.D.E.R. Agents chez Tower Comics. Les trois auteurs, passionnés, se chargent de rendre aux héros de l’Âge d’Or tout leur lustre. Mais ils ne se contentent de remettre en selle les vieux personnages, ils en créent de nouveaux. Et dès leur premier épisode, ils s’arrangent pour que Flash (Jay Garrick) et Wildcat (Ted Grant) rencontrent une puissante héroïne au costume blanc, Power Girl.

Kara Zor-L, puisque tel est son véritable nom, prendra une importance de plus en plus grande dans la série, même quand WOOD s’occupera seul le dessin, ou quand l’équipe composée de Paul LEVITZ et Joe STATON prendra la relève. Les relations entre cette héroïne de la nouvelle génération et les vieux briscards du groupe, notamment Wildcat, constituent une partie du sel de la série, qui marie avec bonheur les aventures de super-héros et la caractérisation forte et ingénieuse.

L’action d’All Star Comics se déroule sur Terre-2, un monde parallèle où vivent les héros de l’Âge d’Or, alors que les justiciers de l’Âge d’Argent évoluent sur Terre-2 (tout est expliqué dans Flash #123, que vous pouvez lire dans l’Anthologie DC Comics). C’est ainsi qu’il existe deux Superman : Kal-El, sur Terre-1, et Kal-L, sur Terre-2, qui ont chacun une cousine.

Origines complexes

À sa première apparition, Power Girl explique qu’elle est la cousine de Kal-L, le Superman de Terre-2. Une petite note de bas de case nous précise que son cousin a maintenu le secret longtemps, plus longtemps en tout cas que son homologue ne l’a fait pour Supergirl sur Terre-1. Néanmoins, des précisions sur ses origines s’imposent. En 1978, Paul LEVITZ, scénariste, et Joe STATON, dessinateur, consacre Showcase #97 à 99 au passé de Kara Zor-L. On apprend à cette occasion qu’elle a elle aussi échappé à la destruction de Krypton, mais que son vaisseau a voyagé plus lentement que le berceau cosmique de Kal-L. Pendant ce temps, elle a vécu dans un environnement de réalité virtuelle qui lui a permis d’avoir toutes les informations et le bagage culturel qu’elle affiche dès sa première apparition.

Personnage désormais bien implanté dans l’univers DC, Power Girl change néanmoins d’origine après Crisis on Infinite Earths (1985-1986). En effet, cette maxi-série redéfinit l’espace-temps en postulant que toutes les Terres parallèles sont fondues en une seule. Désormais, les héros de l’Âge d’Or et ceux de l’Âge d’Argent vivent sur la même planète et partagent la même histoire. Il n’y a plus qu’un seul Superman, qui est l’unique survivant de sa planète. Dans ces conditions, si Power Girl existe, elle n’est pas kryptonienne.

En 1987, dans Secret Origins #11, Paul KUPPERBERG et Mary WILSHIRE nous apprennent que Power Girl est en réalité la petite-fille d’Arion, sorcier d’Atlantis. Si elle conserve une puissance phénoménale, elle ne fait plus partie de l’univers de Krypton. Jusqu’au milieu des années 2000, ses origines demeurent compliquées. La série Infinite Crisis (2005-2006) réinstaure un univers composé de Terres parallèles. À cette occasion, le scénariste Geoff JOHNS et la dessinatrice Amanda CONNER consacrent de nouveaux épisodes à Power Girl, qui redevient pour l’occasion kryptonienne, ses origines alternatives et ses souvenirs atlantes étant présentés comme des manipulations mentales.

 

Renaissance DC

Membre occasionnelle des Birds of Prey, ces « oiseaux de proie » rassemblées pour des missions périlleuses par Oracle (Barbara Gordon) et Black Canary, Power Girl est également membre de la Société de Justice, qu’elle accompagne au long de l’histoire du groupe.

Cependant, depuis que l’univers DC a été réécrit après la saga Flashpoint (quand Flash est revenu d’un monde parallèle en réécrivant l’histoire de son univers), le statut de Power Girl a quelque peu changé. Désormais, elle vient de Terre-2, un univers parallèle dont vous pouvez lire les chroniques dans la série Earth-2 publiée tous les mois dans Green Lantern Saga. Après l’attaque des troupes de Darkseid, Kara Zor-L, qui porte à ce moment les couleurs de Supergirl, est aspirée par un portail d’énergie (voir Earth-2 #1 dans Green Lantern Saga #13) et arrive sur Terre-1, où elle adopte l’identité civile de Karen Starr et le nom de code de Power Girl. Avec Huntress (l’ancienne Batgirl de Terre-2), elle est l’héroïne de la série Worlds Finest, écrite par Paul LEVITZ.

C’est donc avec les souvenirs de Terre-2 et une plus grande expérience de justicière qu’elle rencontre l’autre Kara, alias Supergirl. Les scénaristes se penchent sur les ressemblances et les différences qui définissent les deux héroïnes. Si au départ Power Girl est inventée pour être la Supergirl d’un monde parallèle, les lecteurs attentifs n’auront pas manqué de remarquer que l’actuelle Supergirl emprunte beaucoup aux précédentes versions de Power Girl. Ainsi, Kara Zor-El a vécu dans une nacelle qui lui a conféré des pouvoirs similaires à celui de son cousin, comparable au vaisseau dans lequel est arrivée Power Girl dans les années 1970. Les deux héroïnes étant d’une certaine manière les deux faces d’une même pièce et le résultat d’une évolution éditoriale longue de plusieurs décennies, il était normal qu’elles se rencontrent enfin, comme c’est le cas dans les épisodes que vous allez lire tout de suite.

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