Nous croyons bien connaître les Vikings et pourtant, ils sont beaucoup plus complexes et mystérieux qu’ils n’en donnent l’impression au premier regard. Les hommes du Nord n’ont, par exemple, jamais porté de casques à cornes. Aussi, il est important de se poser les bonnes questions afin de définir les contours d’un peuple qui mérite mieux que les raccourcis hâtifs qui sont souvent proposés. Vikings, qui êtes-vous ?

 

D’où viennent les Vikings ?

Si la provenance des Vikings reste assez floue, ils seraient originaires des terres septentrionales du continent européen. Pour autant, le nom même de « viking » demeure un mystère. En français, il est attesté au XIXe siècle et désigne « un aventurier venu du nord ». Mais l’origine du mot se perd dans la nuit des temps, pour ne pas dire dans les brumes scandinaves. Certains y voient une filiation directe avec le vieil islandais tandis que d’autres assurent qu’il faut chercher l’origine du mot dans l’ancien norrois. Ils font référence au mot « vik » qui désigne une crique. Les textes de l’époque, quand ils évoquent le mot viking, désignent « ceux qui partent en expédition ». Un terme somme toute assez vague, mais qui décrit assez justement la particularité d’un peuple toujours candidat au voyage. Du côté franc, le terme d’homme du Nord (autrement dit de Nortman ou de Normand) connaît une grande faveur. Pour illustrer le clivage entre les terres christianisées ou non, le terme de « païen » est aussi fréquemment utilisé pour les désigner.

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Quelle fut la grande époque des Vikings ?

Au total, le phénomène viking se révèle assez court. Il s’étend sur deux siècles et demi, compris entre l’an 800 et 1050. La période est brève au regard de l’histoire humaine, mais elle se révèle particulièrement dense et riche. L’époque nous interpelle aussi parce qu’elle se révèle cruciale en Europe. Le IXe siècle correspond à l’établissement de l’empire carolingien, avec le couronnement hautement symbolique de Charlemagne, à Rome, en l’an 800. Il s’agit pour la nouvelle lignée de rétablir l’autorité impériale évanouie depuis la chute de l’empire romain d’Occident. Cette mutation politique et militaire s’accompagne d’une profonde évolution sur le plan religieux. Charlemagne se pose en champion de la chrétienté et en combattant du paganisme. Contrairement à l’image d’Epinal d’un souverain lettré et prétendument inventeur de l’école, Charlemagne est avant tout un guerrier féroce qui ne s’embarrasse pas de pitié vis-à-vis de ses ennemis. Les tribus qui peuplent le sud du Danemark et le nord de l’Allemagne actuelle ont conservé le souvenir des massacres qui ont entraîné la mort de milliers d’hommes, ordonnée par le grand empereur chrétien. L’opposition entre ces deux mondes est donc aussi une guerre de religion opposant deux conceptions de la foi fondamentalement différentes ou, pour mieux dire, antagonistes.

L’épopée viking figure comme l’une des nombreuses luttes menées contre ces peuples (que l’empire romain désignait jadis comme des barbares), et au rang desquels on peut compter les Saxons ou les Wisigoths. La période viking correspond aussi à la déliquescence de l’œuvre de Charlemagne, aux querelles de succession ainsi qu’aux morcellements territoriaux de son empire. Chaque nouveau souverain cherche à recomposer le territoire le plus vaste mais la perte d’influence du pouvoir central paraît inexorable et profite aux incursions vikings. Enfin, cette période se révèle aussi favorable à l’émergence d’une société féodale qui va caractériser celle du Moyen-Âge. Les Vikings ont accompagné ou combattu toutes ces évolutions cruciales pour le monde occidental. Finalement, ils en ont fait partie intégrante en trouvant leur place dans une  société qui leur était hostile à l’origine.

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Les Vikings sont-ils unis ? 

Il serait faux d’envisager le monde viking comme un ensemble homogène et cohérent. C’est même tout le contraire. Alors que l’empire carolingien tente de réintroduire une notion de centralisation administrative, politique et militaire sur les débris de l’empire romain et des anciens royaumes désignés sous le nom de barbares, la Scandinavie reste caractérisée par la multitude des peuples et les royaumes qui la composent. Ils diffèrent non seulement en terme d’origine et de coutumes, mais aussi sur le chapitre des lois et de la langue. La volonté centralisatrice ne se fera jour que plus tard, lorsque la christianisation des terres scandinaves sera accompagnée d’une volonté d’établir des états de type centralisateur. Pendant longtemps, les terres scandinaves seront traversées par des luttes d’influence entre les différents potentats locaux qui guerroient pour s’imposer. Les raids vikings serviront quelquefois à financer ces guerres destinées à servir les ambitions des chefs. Le Danemark est en première ligne de ces conflits et, compte tenu de sa géographie, il se trouve frontalier des ennemis du sud.

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Quelles ont été les grandes expéditions vikings ?

Il est impossible de dresser la liste exhaustive de toutes les expéditions vikings, d’autant plus que certaines pourraient n’avoir été que simplement légendaires. On peut néanmoins dresser une carte fidèle des grands mouvements de population qui ont caractérisé la geste viking. Les Norrois se sont dirigés vers les îles britanniques. Les Varègues (venus de Suède) ont pris la route de l’Est et se sont établis autour de la Baltique et en Russie. Les Danois ont jeté leur dévolu sur la Mer du Nord, la Manche et les côtes de la future France. Cela ne signifie pas que les choses soient aussi simples. Certaines conquêtes sont disputées par plusieurs peuples. Il faut aussi compter avec les expéditions plus lointaines, à destination des côtes ibériques, de Constantinople, ou même la longue navigation vers le Vinland et la future Amérique. Les meilleurs moyens de défense des anciennes terres de pillage, mais aussi la christianisation et la centralisation des états scandinaves, correspondent à la fin des grandes expéditions. Celles-ci prennent fin vers la moitié du onzième siècle, même s’il faut continuer à compter avec quelques incursions sporadiques dont les îles britanniques sont les victimes principales.

 

Quel rapport entretenaient les Vikings avec leurs dieux ?

Les Vikings établissent avec leurs dieux un rapport qui n’a rien à voir avec la transcendance chrétienne du dieu unique et tout puissant. Au contraire, ils entretiennent avec leur panthéon un rapport paradoxalement très humain. Cette étrange relation passe par toute la palette des sentiments : l’envie, la vengeance, la gourmandise, la colère, l’amour… Les Scandinaves refusent d’accepter un fatalisme qui guiderait leur destin sans que l’être humain puisse y interférer d’une manière quelconque. Un Viking respecte et honore ses dieux, mais il leur accorde une place qu’ils ne doivent pas outrepasser. À leurs yeux, l’honneur est une vertu beaucoup plus importante que l’obéissance. Ils accordaient aussi une attention toute particulière aux techniques de divination qui leur sont essentielles dans leur vie de voyage et de conquête.

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