Presque 40 ans après la fin d’une guerre de division sanglante, voici qu’une bande dessinée (ou, plus exactement un roman graphique) nous invite à réfléchir sur l’événement. Doit-on craindre que, via un tel support, les services, sacrifices et souffrances des millions d’hommes qui se sont battus au Vietnam durant dix longues années vont s’en trouver banalisés ? La réponse à cette question dépendra de ceux à qui vous la poserez :

Vivant dans un trou de ver géopolitique, et faisant une lecture révisionniste de l’histoire du Vietnam pour étiqueter tous ses protagonistes d’impérialistes bellicistes, les universitaires bien-pensants vous diront que la bande dessinée n’est sûrement pas l’endroit adéquat pour une réflexion aussi sérieuse. Eh bien ignorez-les, eux et leur nombrilisme aveugle. Tournez-vous donc plutôt vers les fantassins (alliés ou ennemis), et vous verrez comme ils applaudiront les efforts de Jason Aaron et Cameron Stewart, créateurs de l’histoire et des images effrayantes de The other side (De l’autre côté).

 

Vous l’ignorez peut-être, mais le scénariste Jason Aaron est un cousin du célèbre vétéran du Vietnam : le caporal Gustav Hasford du Corps des Marines, ayant servi à mes propres côtés au Vietnam. Gustav Hasford a relaté nos expériences de guerre dans un ouvrage intitulé The short-timers, et je puis vous assurer que ce que nous lisons et voyons dans The other side (De l’autre côté) est un hymne à la gloire de ce que nous avons vécu. The short-timer a, du reste, servi de support au film de Stanley Kubrick Full Metal Jacket. Si Gustav et Kubrick étaient encore de ce monde, ils salueraient, croyez-moi, le travail d’Aaron et Stewart.

 

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De l’autre côté

En tant que vétéran de la guerre du Vietnam, je pense que tout ce qui peut mettre en lumière la souffrance et l’extase (oui, le mot est juste) de l’expérience du combat vaut la peine d’être créé et publié afin d’améliorer le genre humain. Si vous ne croyez pas que le Vietnam et les perturbations post-coloniales en Asie du sud-est ont été une expérience considérable pour toute une génération du 20ème siècle, sortez tous de votre grotte ou quittez votre PlayStation 3 et ouvrez enfin l’œil sur ce qui se passe dans le monde qui vous entoure. Des millions d’hommes se sont battus, ont saigné, souffert et/ou sont morts au Vietnam pour que vous puissiez faire – en grande partie – tout ce que bon vous semble. En remerciement de ce service et de ce sacrifice, ils ont reçu, au mieux, un faible niveau de tolérance ; au pire, un haut niveau de mépris et d’incompréhension.

 

Nous pouvons dédaigner cette expérience au risque de la répéter quand nos hommes et nos femmes reviennent d’un de ces combats de la “Guerre Globale Contre le Terrorisme”, ou bien nous pouvons saisir toute occasion de l’explorer et de la comprendre, avec cette vision à long terme que la guerre est à la fois horrible et inévitable dans la lutte tribale des humains pour leur survie. Vu la saturation par les médias de la culture populaire mondiale actuellement, sans doute ne sommes-nous pas à même d’obliger les gens à oublier un temps leur Ipod ou leur American Idol (Nouvelle star) pour s’interroger sur la guerre et la manière dont celle-ci affecte les gens des deux côtés de la baïonnette, mais nous pouvons sûrement leur faire jeter un œil sur les images brutes d’un roman graphique.

Nous préférons de loin cela au fait d’être ignorés ou méprisés.

Capitaine Dale Dye
(retraité du Corps des Marines)
2007

Le capitaine Dale Dye est un consultant militaire de haut rang auprès de l’industrie du spectacle. Il a travaillé sur des films comme Platoon, Born on the fourth of July (Né un 4 juillet), Forest Gump, et Saving private Ryan (Il faut sauver le soldat Ryan), pour ne citer que ceux-là. Il a servi au Vietnam en 1965, puis de 1967 à 1970, réchappant à 31 grandes opérations de combat et décrochant 3 Purple hearts pour blessures de guerre.

 

Fiche de l’ouvrage

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