Pendant longtemps, les récits de Batman se sont intéressés essentiellement aux enquêtes en cours, ainsi qu’au souvenir douloureux du soir où Bruce Wayne a perdu ses parents. Mais au fil des décennies, les scénaristes et les responsables éditoriaux se sont posé la question de savoir ce que le jeune garçon a fait entre ce jour fatidique et ses débuts sous l’identité de Batman. Où a-t-il appris l’art de la criminologie ? Auprès de qui a-t-il suivi un entraînement ? Autant de questions que de nombreux auteurs ont tâché d’élucider, apportant de nouvelles pierres à l’édifice légendaire de Batman.

Les premières années, les auteurs, dans les pas de Bob KANE, ont bâti la charpente de ce qui allait devenir le mythe de Batman. L’image est connue de tous : en sortant d’un cinéma, le couple Wayne est attaqué par un voleur, et sous les yeux de leur jeune garçon Bruce, les parents sont abattus froidement. Ce qui Wayne est dans un premier temps traité dans une vaste ellipse, où il est dit que Bruce dédie le moindre de ses instants à forger son corps et son mental dans un seul but : lutter contre la criminalité. En général, des cases évocatrices le montrent soit pratiquant un sport à haut niveau, soit penché sur un microscope ou des tubes à essai. L’image suivante est en général celle d’un riche héritier, seul dans sa grande demeure, lorsque jaillit une chauve-souris, lui donnant l’illumination.

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Le jeune Bruce, apparemment livré à lui-même, voue ses jeunes
années à la lutte contre le mal. Extrait de Batman #47, dans
DC Comics Anthologie (dessin de Bob KANE).

Autodidacte

C’est ainsi qu’est représentée cette longue période de formation, apparemment solitaire, dans Batman #47, un épisode réalisé par Bill FINGER et Bob KANE où les deux auteurs confrontent Batman à l’assassin de ses parents, Joe Chill. Mais c’est également comme cela que Denny O’NEIL et Neal ADAMS représentent les années d’entraînement de Bruce, dans Batman #232, de juin 1971.

Si l’on en croit ces séquences de flashback, Bruce aurait acquis toutes ces connaissances en solitaire, sans doute de manière livresque. Cela ferait de lui un autodidacte surdoué. Rien d’impossible, certes, mais au fil des ans, les scénaristes ont proposé différentes figures de professeurs et de mentors, qui ont accompagné Bruce toutes ces années.  C’est ainsi que le même Denny O’NEIL, cette fois-ci aidé de Dick GIORDANO au dessin, crée le Docteur Leslie Thompkins dans Detective Comics #457 (mars 1976). Leslie travaille dans les quartiers pauvres de Gotham, et se trouve aux premières loges quand la famille Wayne est agressée. C’est elle qui réconforte le petit Bruce en premier.

Depuis lors, elle a fait de nombreuses apparitions dans les titres Batman, notamment dans les épisodes réalisés par Mike W. BARR et Alan DAVIS, où elle est présentée comme une alliée fidèle du héros, dont elle connaît l’identité secrète. D’une certaine manière, avec Alfred Pennyworth, elle constitue une famille de substitution. Engagée socialement, elle dispense une médecine gratuite pour les démunis, et prendra une place très active dans le cross-over No Man’s Land (1999), où sa clinique de fortune est un îlot de neutralité dans Gotham en ruine, suite au tremblement de terre.

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Quand débute Batman : Année Un, Bruce Wayne revient d’un long voyage en Europe. Mais le scénariste, Frank MILLER, ne donne aucune indication sur ce qu’il y a vécu. Extrait de Batman #404, dans Batman : Année Un (dessin de David MAZZUCCHELLI).

Différents mentors

Cependant, si les récits présentent deux parents de substitution qui ont servi de guide et d’inspiration au jeune Bruce Wayne, reste encore à savoir auprès de qui il a pu acquérir toutes ses connaissances. Durant les années 1980, plusieurs récits répondront en partie à cette question. C’est ainsi que John BYRNE et Jim APARO s’associent pour raconter les « nombreuses morts de Batman » (dans Batman #433 à 435, mai-juillet 1989), un récit où certains de ses anciens maîtres sont abattus et  abandonnés vêtus d’un uniforme de Batman. Détail intéressant, « Many Deaths of Batman » est publié dans la foulée d’un autre récit marquant, « Blind Justice », par Sam HAMM et Denys COWAN (Detective Comics #598 à 600, mars mai 1989). Dans ce récit, une partie du passé de Batman est également dévoilée par le scénariste qui, pour la petite histoire, est aussi l’auteur du script du premier film Batman de Tim BURTON. De la même manière, un personnage désormais essentiel est présenté pour la première fois : Henri Ducard fait son apparition dans Detective Comics #599.

Les ombres du passés

Sous la plume de Sam HAMM, Ducard est présenté comme un personnage négatif, opportuniste et opposé à Bruce Wayne. Il fera quelques apparitions par la suite, dans les séries Robin ou Suicide Squad, mais plus récemment, dans les épisodes de Batman & Robin, écrits par Peter TOMASI (et que vous pouvez découvrir dès les premiers numéros de Batman Saga), Henri Ducard laisse un sombre héritage en la personne de son fils, Morgan, qui se fait appeler Personne.

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Henri Ducard est un chasseur d’hommes. Il officie à Paris, où
Bruce Wayne l’a retrouvé pour apprendre ses techniques les plus
pointues. Extrait de Batman & Robin #5, dans Batman Saga #5
(dessin de Patrick GLEASON).

Néanmoins, Henri Ducard n’est pas le seul ancien mentor de Batman qui ait mal tourné. Un autre personnage fait figure de menace, David Cain. Créé par Kelley PUCKETT et Damion SCOTT dans Batman #567 (juillet 1999), Cain est l’un des plus dangereux assassins du monde. Après avoir entraîné le jeune Bruce, il a donné naissance à Cassandra Cain,  qui deviendra la nouvelle Batgirl avant d’o »cier de nos jours sous le titre de Black Bat. Cain a de plus longtemps été associé à la Ligue des Assassins de Ra’s al Ghul. Dans la version qu’en donne Christopher NOLAN dans sa trilogie cinématographique, le chef de la Ligue des Assassins, sous le faux nom de Henri Ducard, enseigne son savoir à Bruce Wayne, dans un but intéressé, bien entendu. Si cette version s’éloigne de ce qu’O’NEIL et ADAMS ont créé dans Batman #232, on y retrouve des constantes propres à l’univers de Batman, à savoir qu’une partie des mentors de Bruce ne lui dispensent leurs connaissances que pour mieux manipuler le jeune milliardaire. Mais la figure de Batman n’en sort que grandie. En e!et, c’est par la force de volonté et l’attachement à des valeurs de justice et d’honnêteté que Bruce s’éloigne de l’influence néfaste de personnages comme Ra’s al Ghul ou David Cain. Formé dans la violence et le cynisme, le justicier en tire une détermination plus solide que jamais à faire le bien.

 

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